COVID-19 : soupçons persistants de détournement autour des salaires des prestataires*

Trois ans après la fin de la riposte au COVID-19 en RDC, de nombreux prestataires de santé dénoncent le non-paiement de leurs salaires et soupçonnent des détournements de fonds. Malgré le déblocage d’une première tranche par l’État, certains agents n’ont rien reçu, tandis que des proches de gestionnaires auraient été indûment rémunérés grâce à l’ajout de noms fictifs sur les listes. Des témoignages pointent également des irrégularités bancaires, des interférences personnelles dans le processus de paiement notamment du professeur Muyembe et un possible conflit d’intérêts impliquant un membre de sa famille à Access Bank. Une réunion de conciliation n’a donné aucun résultat, et la méfiance s’est accrue. Les prestataires exigent aujourd’hui une enquête indépendante et une transparence totale avant tout nouveau décaissement. Ils rappellent qu’ils ont risqué leur vie pendant la pandémie et réclament leur dû comme un droit légitime, non une faveur.

COVID-19 : soupçons persistants de détournement autour des salaires des prestataires*
En haut, les prestataires COVID-19, en bas le Professeur Muyembe et le Ministre des finances Doudou FWAMBA

Par Léon Idole HOPAY

Trois ans après la fin de la riposte sanitaire contre le COVID-19 en RDC, la colère gronde toujours parmi les prestataires de santé. Non payés, ignorés ou écartés du processus de rémunération, certains dénoncent des détournements massifs, des pratiques clientélistes et un silence troublant des autorités.

Ils ont été en première ligne pendant la pandémie, exposés au virus, parfois contaminés à plusieurs reprises. Et pourtant, pour des dizaines de prestataires de la riposte COVID-19, la reconnaissance de l’État congolais tarde à se concrétiser.

Depuis des mois, leurs revendications restent lettre morte. En cause : le non-paiement de leurs arriérés de salaire, alors même qu’une première tranche de fonds a bel et bien été débloquée par le gouvernement.

 Des noms fictifs sur les listes, des proches privilégiés

Malgré une avance versée par l’État, de nombreux prestataires affirment ne jamais avoir perçu leur dû. Selon plusieurs témoignages, des noms fictifs auraient été ajoutés aux listes officielles par des gestionnaires proches du Comité de riposte, notamment au sein de l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB).

D’après des sources internes à Accesbank, en charge du paiement, certains responsables du  comité COVID-19 auraient profité du décès de plusieurs prestataires pour glisser les noms de leurs proches, espérant contourner la vigilance du système. Mais un mauvais calcul du nombre exact de prestataires décédés aurait mis au jour la supercherie.

Plusieurs "bénéficiaires" sans lien avec la riposte auraient ainsi été indûment payés, au détriment des véritables agents engagés sur le terrain. *

Tentatives d’apaisement sans effet

Face à la grogne croissante, une réunion a été organisée le 16 avril entre le professeur Jean-Jacques Muyembe, figure emblématique de la riposte, son équipe, et les représentants d’Access Bank à l’INRB. Objectif : désamorcer la crise. Mais cette tentative de conciliation n’a débouché sur aucun résultat concret.

Une source proche du dossier affirme que le climat de méfiance s’est accru depuis que des modifications non justifiées ont été constatées sur les comptes bancaires de plusieurs prestataires. Leurs numéros de compte auraient été changés sans leur consentement, rendant impossible toute transaction en leur faveur.

 Un processus de paiement opaque et arbitraire

La première phase de paiement, lancée le 13 février 2025, devait couvrir une période d’un mois et demi. Mais là encore, le traitement fut inégal. Certains prestataires ont reçu l’intégralité de la somme promise, d’autres seulement un mois de salaire, voire moins. Et une large frange n’a rien perçu.

Des témoignages concordants accusent directement le professeur Muyembe d’intervenir personnellement dans le processus de paiement. Chaque fois que la tension montait, un chèque était émis en son nom pour apaiser les esprits. Une méthode jugée arbitraire, voire suspecte. Les fonds publics ont-ils transité par un compte personnel ? À cette question, aucune réponse officielle n’a encore été apportée. 

Conflits d’intérêts et népotisme ?

Certains prestataires pointent également du doigt un possible conflit d’intérêts au sein d’Access Bank, où une fille du professeur Muyembe occuperait un poste à responsabilité. Ils s’interrogent sur l’éventuelle influence qu’elle aurait pu exercer sur les opérations de paiement.

 Alors que la deuxième phase de décaissement est annoncée, les agents lésés réclament une transparence totale sur la gestion des fonds. Ils appellent le ministre des Finances, Doudou Fwamba, ainsi que le Directeur général des Finances, à diligenter une enquête indépendante, afin de tracer l’itinéraire des fonds et de corriger les irrégularités avant tout nouveau versement. 

Nous avons travaillé, nous méritons d’être payés

Épuisés par des années d’attente, les prestataires se disent trahis par un système censé les protéger. « Nous avons risqué nos vies au plus fort de la pandémie. Cet argent, c’est notre droit, pas une faveur », martèlent-ils.

Après des sit-in, des marches pacifiques et des appels répétés à la justice, leur dernier espoir repose sur l’intervention d’autorités compétentes. Leur mot d’ordre : pas de deuxième tranche sans vérité sur la première.