INTERVIEW : Popokabaka, entre crise et résilience : le pari pastoral de Monseigneur Cyrille IKOMBA

Un an après sa nomination, l’Abbé Cyrille Ikombo Manakelele Mambi dresse un premier bilan lucide à la tête du diocèse de Popokabaka. Prêtre depuis 27 ans et doctorant en sciences de l'information et des religions, il a hérité d’un diocèse en crise : désorganisation administrative, infrastructures délabrées, finances en ruine et climat de méfiance généralisée. Face à cette situation, il a lancé un vaste chantier de redressement basé sur l’écoute, le diagnostic de terrain et la proximité avec les communautés. En un an, 23 des 26 paroisses ont été visitées, permettant de mieux cerner les réalités locales. Malgré les obstacles , manque de moyens, tensions internes, crise de confiance , des signes d’amélioration sont visibles : restauration de l’unité pastorale, retour progressif de la confiance, début d’autonomie des paroisses. L’engagement des fidèles, notamment les enseignants, a été crucial dans cette dynamique de relèvement. Il appelle à une mobilisation élargie, y compris de la diaspora, pour renforcer la reconstruction. Sa mission à l’étranger a permis de renouer avec les prêtres expatriés et les bailleurs de fonds, autrefois refroidis par la mauvaise gestion passée. Message final : L’avenir du diocèse repose sur l’unité, la foi et la responsabilité partagée de tous les acteurs.

INTERVIEW :  Popokabaka, entre crise et résilience : le pari pastoral de Monseigneur Cyrille IKOMBA
Administrateur Apostolique, Cyrille IKOMBA Manaakelele MAMBI

Administrateur apostolique depuis une année. L’Abbé Cyrille IKOMBA MANAKELELE MAMBI est prêtre du diocèse de Popokabaka depuis 27 ans. A la tête de cette Eglise locale, il hérite d’un diocèse en ruine, miné par des dysfonctionnements internes, un effondrement structurel et une profonde crise de confiance. En plus de ses études de philosophie, ce prêtre, doctorant en Science de l’Information et de la Communication (SIC) et aussi en Science des Religions, a entrepris un vaste chantier de redressement pastoral et administrative au diocese de Popokabaka. Dans cet entretien, il dresse un premier bilan, expose les réformes entreprises et lance un appel à la mobilisation des fidèles.

Propos recueillis par Léon HOPAY 

 LH : Bonjour Administrateur Apostolique ! 

 Apostolique (ADAPO) : Bonjour Monsieur le journaliste.

 LH : Le 12 juin dernier, vous avez totalisé une année depuis que nous avons apris votre nomination comme Administrateur Apostolique du diocese de Popokabaka. Voulez vous que nous parlions de cette année au diocese de Popokabaka?

ADAPO : Nous sommes à votre disposition Monsieur le journaliste.

LH : Administrateur Apostolique, dans quel état avez-vous trouvé le diocèse à votre arrivée ?

ADAPO : En arrivant , le diocèse de Popokabaka était dans un état de délabrement préoccupant. Les structures ecclésiales étaient affaiblies, la gestion financière désorganisée, et l’unité pastorale fortement compromise. Dès ma prise de fonction, j’ai jugé indispensable de procéder à un diagnostic approfondi : bilan des finances, recensement des dettes, inventaire des engagements contractuels, état des infrastructures et analyse de la gouvernance interne. Il fallait comprendre les racines du dysfonctionnement pour amorcer une véritable relance.

LH : Quels ont été vos premiers actes concrets sur le terrain ?

ADAPO : Nous avons adopté une approche fondée sur l’écoute et la proximité. Une tournée pastorale systématique a été organisée, couvrant l’ensemble des paroisses.Nous avons visité 23 sur les 26 paroisses que compte le diocese. Ce contact direct avec les communautés de base a permis de recueillir des informations précises sur leurs réalités, tant spirituelles que matérielles. Grâce à ces descentes sur terrain, nous avons désormais une vision claire et complète de la situation du diocèse.

LH :Quelles étaient les principales difficultés ?

 ADAPO : Elles étaient à la fois nombreuses et profondes : un manque criant de ressources financières, une insuffisance chronique d’infrastructures, de sérieux problèmes logistiques et de mobilité. Mais il y avait aussi des tensions internes : des malentendus entre prêtres, une perte de confiance entre fidèles, parfois même une rupture de la communion ecclésiale. Ce climat d’instabilité paralysait toute action collective.

 LH : Malgré ces défis, constatez-vous aujourd’hui des signes d’amélioration ?

 ADAPO : Absolument. Avec la grâce de Dieu et la collaboration fraternelle des prêtres, des avancées notables sont visibles. La confiance revient peu à peu. Les paroisses commencent à fonctionner de manière plus autonome, tout en restant intégrées à une dynamique diocésaine cohérente. Ce n’est que le début, mais les fondations sont solides. Nous récoltons aujourd’hui les premiers fruits d’un travail de fond, humble mais structuré.

 LH :Quel rôle les fidèles jouent-ils dans cette reconstruction ?

ADAPO : Il est essentiel. Ce travail ne pouvait se faire sans l’adhésion active des fidèles. Et ils se sont mis au travail avec nous, chacun dans les moyens de ses possibilités. Ic, permettez de citer, dans le respect de leur modestie, les enseignants de nos écoles qui ont contribué financièrement à la pastorale cette année de manière efficace et considérable. Nous lançons un appel sincère et pressant à tous les chrétiens du diocèse qu’ils soient sur place ou de la diaspora pour qu’ils s’engagent concrètement. Le Saint-Siège lui-même invite les laïcs à assumer leur part dans la vie de l’Église, notamment en soutenant la subsistance du clergé. Même une contribution modeste, donnée avec foi, peut transformer le quotidien du diocèse.

LH : Vous avez récemment effectué une mission à l’étranger. Dans quel but ?

ADAPO : Ce voyage visait à rencontrer nos confrères prêtres de Popokabaka vivant à l’étranger. Il s’agissait de renouer les liens, de recueillir leurs analyses, leurs suggestions, et de les informer de l’évolution de la situation sur le terrain. Ces échanges se sont déroulés dans une ambiance fraternelle, empreinte de vérité et de responsabilité. Ils ont renforcé notre communion ecclésiale, au-delà des frontières.l’occasion faisant le larron, nous en avions profité pour rencontrer les organisms qui nous financent et avec lesquels nous étions en disgrace suite à la gestion précédente des projets. Notre plaidoyer à ce niveau commence à payer.

LH : Un dernier mot pour les lecteurs ?

ADAPO : Le chemin est long, mais il est porteur d’espérance. Si chacun, clergé, fidèles, partenaires, prend sa part de responsabilité, le diocèse de Popokabaka redeviendra un pôle spirituel et social dynamique au service de tout de tout le Kwango. L’avenir se bâtit aujourd’hui, dans la foi et l’unité.

LH : Merci, Monseigneur ou encore Administrateur Apostolique pour cet échange lucide et porteur d’espérance.

 ADAPO : C’est moi qui vous remercie pour votre attention et votre accompagnement.