Organisation du cycle de master en RDC : Lettre ouverte de Zacky MADILO à la ministre de l’ESURSI
Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche Scientifique et Innovations,
Nous tenons, en préambule, à saluer les efforts soutenus et les réformes innovantes que vous menez pour la modernisation et l’assainissement du système d’enseignement supérieur et universitaire en République Démocratique du Congo. La récente mise en place de l’Arrêté ministériel n°134/MINESURSI/CAB.MIN/SASM/MMK/2025 du 21 octobre 2025 portant organisation et fonctionnement des Écoles doctorales constitue, à cet égard, une avancée majeure vers la valorisation de l’excellence académique et de la recherche scientifique.
Cet arrêté consacre clairement l’idée que les études doctorales sont réservées à une élite académique, c’est-à-dire aux étudiants ayant démontré un parcours exemplaire, notamment par l’obtention d’au moins une distinction au niveau du deuxième cycle (Master). Cette orientation renforce la conviction selon laquelle le cycle de Master doit être un espace d’exigence, de rigueur scientifique et de spécialisation approfondie, impliquant des institutions bien organisées, des enseignants hautement qualifiés et des étudiants engagés.
Cependant, certaines réalités observées sur le terrain suscitent de sérieuses préoccupations. Dans plusieurs provinces et territoires, des établissements d’enseignement supérieur organisent le deuxième cycle alors qu’ils ne disposent ni de docteurs à thèse, ni d’un corps professoral suffisamment spécialisé. Dans certains cas, un nombre très limité d’enseignants, parfois généralistes, se retrouvent à encadrer des formations de Master dans plusieurs disciplines, ce qui soulève des interrogations quant à la qualité de l’enseignement dispensé.
Face à cette situation, nous sollicitons respectueusement votre éclairage sur les points suivants :
- Toutes les institutions d’enseignement supérieur sont-elles autorisées à organiser le deuxième cycle ?
- Existe-t-il une autorisation préalable du Ministère que chaque institution devrait obtenir avant d’ouvrir et de faire fonctionner un programme de Master ?
- Quels mécanismes de contrôle et d’évaluation sont prévus pour garantir que seules les institutions répondant aux normes académiques requises organisent ce cycle ?
Madame la Ministre, l’absence d’un encadrement strict du deuxième cycle risque de compromettre les efforts louables entrepris pour améliorer la qualité de l’enseignement supérieur. Elle pourrait également favoriser la prolifération de diplômes dépourvus de réelle valeur scientifique, ce qui aurait des conséquences négatives directes sur les Écoles doctorales, appelées à recruter des candidats insuffisamment préparés.
Nous craignons, en définitive, l’émergence de véritables « boutiques académiques », où la quantité primerait sur la qualité, au détriment de l’excellence et de la crédibilité de notre système éducatif.
C’est pourquoi nous vous prions respectueusement d’envisager la publication d’un communiqué ou d’une mesure réglementaire clarifiant les conditions d’ouverture et de fonctionnement du deuxième cycle, afin de restaurer l’ordre, la qualité et la confiance dans l’enseignement supérieur congolais.
Nous vous remercions pour l’attention que vous accorderez à cette interpellation citoyenne et académique, et vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre très haute considération.
Zacky MADILO
Observateur indépendant.