RDC /9ᵉ Jeux de la Francophonie : l’entrepreneuriat congolais en péril
À l’occasion des 9ᵉ Jeux de la Francophonie à Kinshasa, de nombreux entrepreneurs congolais mobilisés pour la construction et la réhabilitation des infrastructures dénoncent le non-paiement de leurs prestations par l’État, malgré des travaux exécutés dans les délais. Selon eux, plus de 30 millions de dollars restent impayés, tandis que certains prestataires étrangers auraient été réglés. Cette situation met en difficulté plus de 5 000 employés et fragilise le tissu entrepreneurial national. Des pratiques de rétrocommissions, évoquées comme possibles causes du blocage des paiements, soulèvent des questions de gouvernance et de transparence. Les entrepreneurs envisagent un sit-in pour réclamer leurs créances, interrogeant la capacité de l’État à soutenir la création d’une classe moyenne et à encourager l’investissement local.
Par Léon Idole HOPAY
Alors que le Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, n’a cessé de plaider pour l’essor de l’entrepreneuriat comme levier d’émergence d’une classe moyenne en République démocratique du Congo, la réalité vécue par plusieurs opérateurs économiques engagés dans l’organisation des Jeux de la Francophonie semble contredire ce discours.
Depuis la fin du mois de juillet 2023, de nombreux entrepreneurs congolais affirment faire face à une insolvabilité persistante de l’État. Ces entreprises locales, mobilisées pour la construction et la réhabilitation des infrastructures liées à la 9ᵉ édition des Jeux organisée à Kinshasa, disent n’avoir toujours pas perçu l’intégralité des paiements dus pour des travaux pourtant exécutés dans les délais.
Sous pression pour respecter les échéances internationales et préserver l’image du pays, plusieurs d’entre elles affirment avoir contracté des emprunts importants afin d’achever les chantiers. Selon leurs estimations, plus de 30 millions de dollars américains resteraient impayés à ce jour. Pendant ce temps, soutiennent-elles, certains prestataires étrangers auraient déjà été réglés.
Cette situation fragilise profondément le tissu entrepreneurial national. Derrière ces entreprises, ce sont plus de 5 000 ouvriers et agents administratifs qui attendent le paiement de salaires et d’arriérés, accentuant un climat social déjà tendu.
Des sources proches du dossier évoquent un blocage lié à des pratiques dites « d’opération retour », consistant en des exigences de rétrocommissions pouvant dépasser 20 % des montants à décaisser. Des allégations graves qui, si elles étaient avérées, soulèveraient la question de la gouvernance et de la transparence dans la gestion des fonds publics.
Face à ce qu’ils qualifient d’« injustice », les entrepreneurs concernés annoncent l’organisation prochaine d’un sit-in pour réclamer le paiement de leurs créances. « Nous avons travaillé pour l’honneur du pays. Aujourd’hui, nous sommes étranglés par les dettes », confie l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. Au-delà du contentieux financier, cette affaire pose un enjeu stratégique : peut-on bâtir une classe moyenne et encourager l’investissement local si l’État, principal donneur d’ordre, peine à honorer ses engagements contractuels ?
Dans un contexte où l’entrepreneuriat est présenté comme un pilier du développement national, la réponse à cette crise pourrait constituer un test décisif pour la crédibilité des politiques publiques en faveur du secteur privé congolais..