*RDC : L’avocat Médard Palankoy détenu au secret depuis cinq mois , La CCDH dénonce une violation flagrante des droits humains*
La Chaire congolaise des Droits de l’Homme (CCDH) dénonce la détention secrète depuis plus de cinq mois de l’avocat Médard Palankoy, enlevé le 14 mars 2025 à Kinshasa par des éléments de la police et de la Garde républicaine. Transféré illégalement au Conseil national de cyberdéfense (CNC), un organe sans compétence judiciaire, il est privé de tout droit de défense, en violation de la Constitution congolaise. La CCDH qualifie cette détention de « prise d’otage » et établit un parallèle avec l’affaire Chebeya-Bazana, rappelant les dérives sécuritaires du passé. Officiellement accusé de liens financiers avec l’ancien président Kabila, l’avocat serait en réalité visé pour avoir défendu des victimes dans un dossier de spoliation foncière impliquant des proches du pouvoir. L’ONG souligne la contradiction entre cette affaire et les engagements internationaux de la RDC, récemment élue au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Elle exige la libération immédiate de Me Palankoy ou sa comparution devant un juge compétent, ainsi qu’une enquête indépendante pour faire la lumière sur son enlèvement et prévenir l’impunité.
Par Léon Idole HOPAY
Kinshasa, 22 août 2025. La Chaire congolaise des Droits de l’Homme (CCDH) alerte sur la situation de l’avocat Médard Palankoy Lakwas, disparu depuis le 14 mars dernier à Kinshasa. Selon l’organisation, il aurait été enlevé par des éléments armés identifiés comme des policiers et des membres de la Garde républicaine, puis conduit dans les locaux du Conseil national de cyberdéfense (CNC), un service rattaché à la présidence de la République mais dépourvu de toute compétence judiciaire.
Un enlèvement qualifié d’arbitraire
Des témoins affirment que l’avocat a été embarqué de force, en plein jour, sans mandat ni réquisition du parquet, sous les yeux de ses collaborateurs. Après plusieurs heures dans un lieu inconnu, il aurait été localisé au CNC, en violation des rèette détention viole de manière flagrante la Constitution congolaise qui garantit la présomption d’innocence, le droit à un procès équitable et l’accès à un juge compétent.
En outre, seul le procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe est habilité à engager des poursuites contre un avocat. Or, aucune de ces dispositions n’a été respectée dans le dossier Palankoy. L’organisation parle d’une « prise d’otage » qui dure déjà plus de 154 jours et assimile cette détention à un enlèvement.
Le spectre de l’affaire Chebeya-Bazana
La CCDH établit un parallèle inquiétant avec le double assassinat, en 2010, de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, militants emblématiques des droits humains. L’opacité totale qui entoure le sort de Me Palankoy ravive, selon l’ONG, « les traumatismes d’un passé douloureux marqué par les abus sécuritaires ».
Une affaire aux relents politiques
Officiellement, le CNC soupçonne l’avocat d’être impliqué dans un prétendu réseau financier lié à l’ancien président Joseph Kabila. Mais pour la CCDH, aucune preuve tangible ne vient étayer ces accusations. L’organisation avance plutôt que cette arrestation pourrait être liée à une affaire de spoliation foncière à Kinshasa dans laquelle Me Palankoy défend des victimes face à des personnalités proches du pouvoir.
Une contradiction avec les engagements internationaux de la RDC
Élue en 2024 membre du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour la période 2025-2027, la RDC s’est engagée à renforcer la protection des libertés fondamentales. Pour la CCDH, maintenir un avocat en détention secrète constitue « une instrumentalisation inacceptable de la justice » qui porte atteinte à l’image du pays sur la scène internationale.
Les recommandations de la CCDH
Dans un mémorandum adressé au Vice-Premier ministre, la CCDH demande : la libération immédiate de Me Médard Palankoy, ou à défaut sa comparution devant son juge naturel si des charges existent ; l’ouverture d’une enquête indépendante sur les circonstances de son enlèvement et de sa détention ; le respect strict des engagements constitutionnels et internationaux de la RDC en matière de droits humains.
Plus de cinq mois après son enlèvement, il est urgent que la lumière soit faite sur ce dossier afin d’éviter que le pays ne s’enfonce dans une logique d’impunité , conclut la CCDH.