RDC: Les diplômes en voie de disparition avec l’avènement du système LMD( tribune du professeur Carlos MUPILI)
L’adoption du système Licence–Master–Doctorat (LMD) en République Démocratique du Congo a entraîné une profonde mutation dans l’architecture académique nationale. Cette réforme structurelle, censée harmoniser notre système éducatif avec les standards internationaux, est également porteuse d’un changement de paradigme concernant la reconnaissance et la valeur des anciens diplômes du système PADEM (Pédagogie par Objectifs).
1. La disparition progressive du Graduat, de la Licence et du DEA
Le système LMD repose sur trois cycles :
- Le Bachelor* (ou Licence 1er cycle – 3 ans),
- Le Master* (2e cycle – 2 ans),
- Le Doctorat* (3e cycle – 3 ans ou plus).
Dans ce nouveau référentiel, *le Graduat (BAC+3)*, autrefois largement valorisé, est désormais *déclassé*, car il ne donne plus directement accès aux cycles supérieurs sans validation d’un Bachelor.
De même, *la Licence PADEM (BAC+5)*, bien qu'équivalente en durée au Master, ne répond plus aux exigences structurelles et curriculaires du LMD. Le *DEA*, autrefois tremplin vers le Doctorat, se trouve aussi fragilisé, car il ne s’aligne pas sur la structuration modulaire du Master LMD.
*2. L’urgence de la reconversion académique par les passerelles*
Face à cette mutation, une nécessité se fait jour : *la reconversion des détenteurs des anciens diplômes*. Cela passe par :
- *La passerelle du Graduat vers le Bachelor* : en suivant un programme complémentaire pour obtenir le diplôme de Bachelor reconnu dans le système LMD.
- *La passerelle de la Licence vers le Master* : à travers un Master complémentaire pour renforcer le niveau et obtenir une équivalence officielle.
- *La passerelle du DEA vers le Master complet* : avec des cours de complément permettant d’inscrire son parcours dans le LMD et d’accéder au Doctorat.
3. Enjeux et responsabilités
Les universités congolaises doivent *accompagner cette transition* en mettant en place des *programmes de validation des acquis et des cours de mise à niveau* pour les anciens diplômés. Ce processus évitera à des milliers de cadres d’être marginalisés dans l’évolution académique et professionnelle nationale et internationale.
En conclusion
Le système LMD est irréversible. Il ne s’agit pas de renier le passé académique de notre pays, mais de *l’actualiser avec rigueur*. Le Graduat, la Licence et le DEA ne disparaîtront pas du jour au lendemain, mais leur *non-reconnaissance dans les standards internationaux pousse à la mise à jour urgente* de tous les détenteurs de ces diplômes.
Il est temps pour les intellectuels congolais de se positionner dans le monde académique globalisé.
*Prof. Carlos MUPILI*
Pédagogue de la nation