RDC : Motion de défiance avortée : le bouclier procédural qui fait respirer Jacquemain Shabani
L’Assemblée nationale congolaise a été le théâtre,mercredi 29 avril 2026, d’une journée politique sous haute tension.À l’ordre du jour : l’examen de la motion de défiance déposée contre le Vice-Premier ministre de l’Intérieur,Sécurité,décentralisation et affaires coutumières
L’Assemblée nationale congolaise a été le théâtre,mercredi 29 avril 2026, d’une journée politique sous haute tension.À l’ordre du jour : l’examen de la motion de défiance déposée contre le Vice-Premier ministre de l’Intérieur,Sécurité,décentralisation et affaires coutumières, Jacquemain Shabani.
Mais au terme d’une plénière électrique, c’est un débat sur la forme et non sur le fond qui a primé, aboutissant au rejet pur et simple de la motion pour « irrégularités ». Un coup de théâtre parlementaire qui,au-delà des arguties juridiques, laisse entière une question bien plus brûlante : celle de la dramatique situation sécuritaire à Kinshasa et dans plusieurs provinces. Initiée par le député Laddy Yangotikala Senga, la motion reprochait à Jacquemain Shabani une « inefficacité » présumée face à la dégradation sécuritaire généralisée, pointant notamment une recrudescence de la violence à Kinshasa et dans les grandes villes, ainsi que des ingérences dans les institutions provinciales. Elle avait recueilli 56 signatures, un chiffre suffisant pour être théoriquement déclarée recevable en vertu de l’article 235 du règlement intérieur, qui en exige au moins 50.
Mais c’était sans compter sur l’intervention du député Garry Sakata. En pleine séance, celui-ci a soulevé une motion incidente et préjudicielle en dénonçant des signatures « obtenues de manière dolosive » et un document « entaché d’énormes irrégularités ». Pêle-mêle, il a relevé la présence de personnes n’ayant pas la qualité de député national pour signer et des incohérences flagrantes dans l’identification des signataires : « Imani » à la place de « Amani », « Pua » à la place de « Puwa ». Selon lui, après l’exclusion des noms litigieux 6 au total, dont certains désignant des personnes qui ont nié publiquement avoir signé le document, le seuil minimal de signatures valides tombait à 49, soit une de moins que le minimum requis.
Soumise au vote, la motion incidente a été adoptée par la majorité des 490 députés présents. Conséquence immédiate : la motion de défiance a été jugée irrecevable et son examen interrompu sans aucun débat sur la responsabilité politique du vice Premier ministre.
Le camp des motionnaires, sans surprise, n’a pas décoléré. L’initiateur de la motion, Laddy Yangotikala, a tenu à relativiser sa défaite procédurale : « Je n’ai pas échoué. (…) Le plus important, c’est de sécuriser la population. Le reste importe peu ». Avant d’ajouter, sur un ton mêlant défi et résignation : « Le peuple nous observe ».
Sur le fond, le député a martelé que son initiative n’était pas dirigée contre la personne de Jacquemain Shabani, mais visait à exiger un véritable sursaut gouvernemental sur le front de la sécurité. Une déclaration qui place l’exécutif face à ses responsabilités, malgré l’épilogue parlementaire.
Car pendant que les élus nationaux s’étripent sur des listes de signatures à Kinshasa, l’Est de la RDC est, lui, livré au chaos. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), l’insécurité s’aggrave dangereusement sur l’ensemble du territoire oriental : au moins 46 incidents humanitaires ont été recensés en février 2026, contre 37 le mois précédent, soit une augmentation de 24 %. Il y a plus grave : les violations des droits humains se comptent par centaines depuis le début de l’année, des dizaines de civils ont été tués dans des attaques armées au Nord-Kivu et en Ituri, et les provinces orientales subissent une instabilité chronique nourrie par des actes de braquage et de violence urbaine jusque dans la capitale.
Dans la foulé certains députés estiment que cette plénière pour la destitution ou pas d'un ministre c'est une perte de temps pendant qu'une partie de L'Est du Pays est sous occupation étrangère . Notons que sur le plan humanitaire, le bilan est accablant. Le Nord-Kivu compte aujourd’hui plus de 1,27 million de déplacés internes, selon la Commission Mouvement de Populations (CMP) en date du 6 avril 2026. Le nombre total de déplacés internes dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri atteint, lui, le chiffre vertigineux de 3 756 300 personnes. La situation alimentaire est d’autant plus explosive que 3,9 millions de personnes sont en insécurité alimentaire dans le seul Nord-Kivu, classées en phase IPC3+, un seuil qui précède de peu la famine.
Pour Jacquemain Shabani, cette issue constitue un répit politique indéniable : il échappe à une mise en cause parlementaire directe et conserve son fauteuil pour devoir améliorer et travailler doublement pour reconquérir la confiance des représentants du Peuple car ce répit pourrait être de courte durée. Les questions qui ont motivé la motion telles que la dégradation de la sécurité, les ingérences alléguées et la défiance d’une partie de l’opinion demeurent, elles, d'actualité.
Bnj