Journée Internationale de la lutte contre le paludisme : Malgré un vent d’espoir, la Malaria tue encore massivement les enfants en RDC

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, ce 25 Avril la communauté internationale se rassemble sous la bannière « Déterminés à éliminer le paludisme : maintenant que nous le pouvons, c’est notre devoir d’y parvenir ».

Avril 26, 2026 - 15:40
Avril 26, 2026 - 15:51
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Journée Internationale de la lutte contre le paludisme : Malgré un vent d’espoir, la Malaria tue encore massivement les enfants en RDC

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, ce 25 Avril la communauté internationale se rassemble sous la bannière « Déterminés à éliminer le paludisme : maintenant que nous le pouvons, c’est notre devoir d’y parvenir ». Ce thème, qui résonne comme un cri de ralliement mondial, souligne l’urgence de consolider les acquis récents et de protéger les populations les plus exposées. Cependant, en République démocratique du Congo (RDC), qui reste l’un des épicentres mondiaux de la maladie, ce message porteur d’espoir se heurte à une réalité sanitaire encore profondément préoccupante.

Derrière les progrès notables engrangés au niveau planétaire, avec 2,3 milliards de cas et 14 millions de décès évités depuis l’an 2000, se cache une charge de morbidité qui demeure écrasante pour le continent africain. En 2024, le paludisme a touché environ 282 millions de personnes et causé 610 000 décès dans le monde, un bilan en très légère hausse par rapport à 2023. Pire, la Région africaine de l’OMS assume à elle seule 94 % des cas et 95 % de ces décès, dont les trois quarts surviennent chez des enfants de moins de cinq ans.

La RDC, classée au deuxième rang mondial des pays les plus touchés, ne fait pas exception à ce sombre tableau. En 2024, le pays a enregistré à lui seul près de 30 millions de cas de paludisme. Les chiffres varient selon les sources, mais oscillent autour de 21 260 à 21 695 décès notifiés pour cette même année.

Cette situation épidémiologique résulte d’une combinaison de facteurs. La quasi-totalité de la population congolaise, soit 97 %, vit dans des zones où la transmission du paludisme est stable pendant une grande partie de l’année. La géographie du pays, caractérisée par une forêt dense, de nombreux cours d’eau et un climat chaud et humide, offre un terrain de reproduction idéal pour les moustiques anophèles, vecteurs de la maladie.

Les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes paient le plus lourd tribut. Ils représentent près de la moitié des cas et la grande majorité des décès. En 2022, sur les 27 millions de cas recensés, 48,7 % concernaient des enfants de moins de cinq ans, et 68 % des 24 880 décès survenaient dans cette tranche d’âge.

Malgré ce contexte difficile, des lueurs d’espoir émergent. La lutte contre le paludisme en RDC connaît des avancées significatives, portées par des innovations majeures et une volonté de renforcer le système de santé.

Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) a intensifié les campagnes de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action. En 2023, ce sont 45,8 millions de moustiquaires qui ont été distribuées, contre 33 millions l’année précédente. Par ailleurs, l’introduction du vaccin antipaludique R21/Matrix‑M dans la vaccination de routine à la fin de 2024 marque un tournant historique. Ce vaccin, administré en quatre doses, a déjà démontré son efficacité en réduisant de plus de moitié les cas et de 22 % les hospitalisations graves chez les enfants.

Toutefois, ces outils prometteurs se heurtent à des défis structurels de taille. Le système de santé congolais, sous-financé et fragile, peine à assurer une couverture suffisante sur l’ensemble du territoire. La mise en œuvre du vaccin est confrontée à des obstacles logistiques majeurs : la disponibilité limitée des doses, la fragilité de la chaîne du froid et la nécessité d’administrer un schéma vaccinal complet restent des défis opérationnels constants.

À ces problèmes s’ajoutent des menaces biologiques globales. Le Rapport 2025 de l’OMS sur le paludisme dans le monde alerte sur l’émergence d’une résistance partielle à l’artémisinine, molécule clé des traitements, déjà confirmée dans plusieurs pays africains, ainsi que sur la propagation d’une résistance aux insecticides pyréthrinoïdes. La présence croissante du moustique Anopheles stephensi, capable de survivre en milieu urbain, fait peser une menace supplémentaire sur les grandes villes.

À l’échelle mondiale, l’OMS estime que la lutte a besoin de 9,3 milliards de dollars par an, mais seuls 3,9 milliards ont été mobilisés en 2024, laissant un déficit abyssal. En RDC, la dépendance aux financements internationaux est quasi totale, ce qui rend les programmes vulnérables aux aléas des politiques des bailleurs de fonds.

Pour combler ce fossé, des initiatives de plaidoyer se multiplient. En avril 2026, l’association « Corps des Jeunes contre le Paludisme » a lancé un appel aux autorités nationales et aux bailleurs pour soutenir un fonds dédié à l’égalité des genres dans l’accès aux soins. Le projet « Healthy Communities Challenge » (RHCC), porté par un consortium incluant le Rotary et World Vision, vise quant à lui à renforcer la santé communautaire dans les zones enclavées.

Ces initiatives rappellent que la lutte contre le paludisme dépasse les seuls murs des hôpitaux. La maladie constitue un frein puissant au développement socio-économique du pays.

En cette Journée mondiale, le message est clair : la RDC, comme le reste du continent, se trouve à un moment charnière. Il est désormais possible de vaincre le paludisme, mais cette ambition ne se réalisera que si les efforts de financement, l’innovation et la mobilisation communautaire sont maintenus et intensifiés.

John BUSOMOKE