Retour du virus Ebola en RDC : la 17e épidémie met à l'épreuve un pays résilient

Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a officiellement confirmé l'apparition d'une nouvelle flambée de maladie à virus Ebola dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC),

Mai 15, 2026 - 19:23
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Retour du virus Ebola en RDC : la 17e épidémie met à l'épreuve un pays résilient

Le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) a officiellement confirmé l'apparition d'une nouvelle flambée de maladie à virus Ebola dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), dans la province de l'Ituri. Cette déclaration survient à peine cinq mois après que le gouvernement congolais a proclamé la fin de la 16e épidémie. Il s'agit désormais de la 17e épidémie d'Ebola recensée dans le pays depuis la découverte du virus sur son sol en 1976, un triste rappel de la vulnérabilité chronique de la RDC face à ce pathogène.

Selon les données communiquées par Africa CDC et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), au 15 mai, environ 246 cas suspects et 65 décès ont été notifiés, avec 4 décès parmi les cas confirmés. Les zones de santé de Mongwalu et de Rwampara concentrent l'essentiel des cas, tandis que des signalements suspects à Bunia, la capitale provinciale, sont en cours d'investigation.

Le directeur général de l'OMS, a précisé que l'alerte avait été donnée le 5 mai. Une équipe d'intervention rapide dépêchée sur place avait d'abord obtenu des résultats négatifs. Les échantillons ont ensuite été acheminés à l'Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa, où 13 prélèvements sur 20 se sont révélés positifs. L'INRB procède actuellement au séquençage génétique pour identifier la souche exacte. Fait notable et potentiellement préoccupant : les analyses préliminaires suggèrent qu'il pourrait ne pas s'agir de la souche classique Zaïre, contre laquelle les vaccins existants sont efficaces, mais d'une autre espèce d'orthoebolavirus. Si cette information se confirme, elle obligerait à repenser une partie de l'arsenal médical disponible.

Plusieurs facteurs expliquent la récurrence des épidémies en RDC et compliquent la riposte, notamment: 

- L'insécurité et l'accès humanitaire limité : L'Ituri est en proie à une violence cyclique impliquant de nombreux groupes armés. Les zones de santé de Mongwalu et de Rwampara sont difficiles d'accès, et les équipes sanitaires doivent souvent négocier leur passage ou travailler sous escorte, ralentissant les activités de recherche des contacts, de vaccination et de sensibilisation.

- La défiance communautaire : Lors des épidémies précédentes, la méfiance envers les autorités et les intervenants étrangers a parfois conduit à des refus de prise en charge, voire à des attaques contre les centres de traitement. La persistance de rumeurs et de croyances locales sur l'origine de la maladie exige une communication de proximité renforcée, impliquant les leaders communautaires et les anthropologues.

- La coexistence d'urgences multiples : La RDC fait face simultanément à des épidémies de choléra, de rougeole et de mpox (variole du singe), ainsi qu'à des déplacements massifs de populations dus aux conflits. Les ressources humaines et financières du ministère de la Santé, déjà fragiles, sont soumises à une pression extrême.

- Une menace écologique et animale : La déforestation, l'exploitation minière artisanale et la chasse en forêt augmentent les contacts entre les humains et les animaux réservoirs potentiels (chauves-souris, primates), favorisant les sauts interspécifiques du virus. 

Dès la confirmation de l'épidémie, les autorités congolaises, soutenues par l'OMS, Africa CDC, l'UNICEF, Médecins Sans Frontières et d'autres partenaires, ont déclenché le plan de riposte.

Le système d'alerte communautaire est renforcé pour détecter rapidement tout nouveau cas suspect. Des laboratoires mobiles sont en cours d'acheminement pour réduire les délais de diagnostic

Si la souche Zaïre est confirmée, la stratégie de vaccination en anneau autour des contacts et des contacts de contacts pourra être déployée rapidement, grâce à un stock national de vaccins rVSV-ZEBOV maintenu depuis l'épidémie précédente. En revanche, si une autre souche est identifiée, l'OMS devra probablement coordonner l'utilisation d'un vaccin expérimental adapté, ce qui ralentirait la protection des populations à risque.

Des unités de traitement Ebola sont en cours de réhabilitation à Bunia et dans les zones touchées. L'accent est mis sur l'administration précoce de soins de support et de traitements par anticorps monoclonaux, qui ont prouvé leur efficacité lors des précédentes flambées.

Déja on signale la presence des équipes de mobilisation sociale qui sillonnent les villages pour expliquer la maladie, les mesures de prévention et l'importance de signaler les malades. Des enterrements dignes et sécurisés sont organisés avec l'accord des familles, afin de limiter la transmission tout en respectant les rites funéraires.

Chaque épidémie en RDC a été une école. La 10e épidémie, qui a frappé le Nord-Kivu et l'Ituri entre 2018 et 2020, avait été la plus longue et la plus meurtrière de l'histoire du pays, mais elle avait aussi permis des avancées majeures: validation des vaccins, déploiement des traitements, implication des communautés, coordination civilo-militaire. Les épidémies suivantes ont été contenues en quelques mois, démontrant une capacité de réponse améliorée.

Cependant, le retour précoce du virus en Ituri rappelle que la lutte contre Ebola ne se gagne pas uniquement dans les laboratoires. Elle exige un investissement durable dans les systèmes de santé primaires, la stabilisation des zones de conflit, la protection des écosystèmes et la confiance entre soignants et citoyens. L'apparition d'une souche potentiellement différente constitue un signal d'alarme supplémentaire.

la RDC demeure un épicentre mondial des maladies infectieuses émergentes, et la communauté internationale doit maintenir son engagement bien au-delà des pics épidémiques.

La 17e épidémie d'Ebola en RDC est un test de résilience pour un pays qui, en un demi-siècle, a affronté le virus à quinze reprises avec courage et détermination. Face à l'inconnue d'une souche atypique et à un contexte sécuritaire délétère, la réponse doit être rapide, adaptée et surtout respectueuse des réalités locales. L'histoire a montré que les Congolais, épaulés par la solidarité internationale, savent briser les chaînes de transmission. Il faut espérer qu'ils y parviennent une fois encore, tout en posant les bases pour que la 18e épidémie ne voie jamais le jour.

John Busomoke -Journaliste, -Expert en Santé publique Financement des systèmes de santé. -Msc Gouvernance publique et Management des entreprises.