Éditorial de Léon HOPAY : Élections de 2028, révision constitutionnelle, référendum et troisième mandat confrontés à un même iceberg
Cet éditorial de Léon Hopay analyse les débats politiques qui émergent en RDC à l’approche des élections de 2028, notamment autour d’un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi, d’une révision constitutionnelle ou encore de l’organisation d’un référendum. L’auteur explique que ces différentes options se heurtent toutes à un même obstacle majeur : l’insécurité persistante dans l’Est du pays. Il rappelle que le chef de l’État lui-même a récemment évoqué la difficulté d’organiser les élections de 2028 si la guerre continue dans certaines régions du territoire national. Selon l’éditorial, il existe un paradoxe politique : si l’insécurité empêche l’organisation des élections générales, elle devrait également empêcher toute réforme constitutionnelle ou tout référendum, puisque ces processus nécessitent eux aussi une participation nationale crédible et inclusive. L’auteur utilise la métaphore de « l’iceberg » pour symboliser ce danger profond et parfois sous-estimé qui menace la stabilité politique du pays. Comme dans le naufrage du Sinking of the Titanic, la plus grande partie du problème reste invisible mais peut provoquer un véritable « naufrage politique ». En conclusion, Léon Hopay estime que la priorité nationale devrait être la restauration de la sécurité, de l’unité nationale et de l’autorité de l’État avant tout débat sur les mandats, la Constitution ou les référendums. Il appelle également les acteurs politiques à l’apaisement afin d’éviter une crise institutionnelle majeure.
La scène politique de la République démocratique du Congo se retrouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire institutionnelle.
À l’approche des échéances électorales de 2028, le débat public se polarise autour de plusieurs scénarios politiques qui, tous, viennent heurter un même iceberg : l’insécurité persistante dans l’Est du pays.
Alors que la RDC espère vivre sa deuxième alternance démocratique depuis l’avènement du pluralisme politique, plusieurs voix issues de la majorité présidentielle alimentent déjà le débat sur l’avenir institutionnel du pays. Certains cadres et partisans du pouvoir évoquent ouvertement l’hypothèse d’un troisième mandat pour le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, bien que la Constitution actuelle limite clairement le nombre de mandats présidentiels.
Pour contourner cette contrainte constitutionnelle, une autre tendance au sein de la mouvance présidentielle plaide pour une révision de la Constitution, voire l’avènement d’une Quatrième République. Une telle réforme pourrait, selon ses défenseurs, rebattre les cartes institutionnelles et permettre au chef de l’État de briguer de nouveaux mandats sous un nouvel ordre constitutionnel.
Parallèlement, un troisième courant propose l’organisation d’un référendum populaire afin de consulter les Congolais sur une éventuelle modification de la Constitution. Cette option est présentée par ses partisans comme une voie démocratique permettant de légitimer tout changement institutionnel majeur.
Cependant, au milieu de ces spéculations politiques, une déclaration du président Félix Tshisekedi vient bouleverser l’équation. Le chef de l’État a récemment laissé entendre qu’il serait difficile, voire impossible, d’organiser les élections de 2028 si la guerre persiste dans l’Est du pays.
Selon cette logique, la tenue d’un scrutin alors qu’une partie importante du territoire national demeure sous occupation ou sous menace sécuritaire risquerait de se briser contre un iceberg majeur : celui de la stabilité sécuritaire minimale, indispensable à tout processus électoral crédible.
C’est précisément sur ce point que se situe le paradoxe politique actuel. Si l’insécurité constitue un iceberg majeur à l’organisation des élections générales, elle devrait également l’être pour toute initiative de révision constitutionnelle ou d’organisation d’un référendum. Car, dans les deux cas, il s’agit de consultations nationales qui exigent la participation de l’ensemble du peuple congolais afin de garantir leur légitimité démocratique et leur crédibilité institutionnelle.
Dès lors, un constat s’impose : tant que la guerre continue de menacer l’intégrité territoriale et la stabilité du pays, ni les élections de 2028, ni un référendum constitutionnel, ni même un projet de troisième mandat ne semblent politiquement et juridiquement naviguer hors de cet iceberg qui fragilise l’ensemble du processus national.
Dans ce contexte, les acteurs politiques gagneraient davantage à concentrer leurs efforts sur le rétablissement de la paix et de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national. Car avant le débat sur les mandats, les constitutions ou les référendums, la priorité demeure la traversée de cet iceberg central : la restauration de la sécurité, de l’unité nationale et des conditions minimales d’un processus démocratique crédible.
C'est quoi l' iceberg ?
1. Dans le contexte du Naufrage du Titanic, un iceberg désigne un immense bloc de glace détaché d’un glacier et flottant dans l’océan. Ce qui rend l’iceberg particulièrement dangereux, c’est que la plus grande partie de sa masse reste invisible sous l’eau. Seule une petite portion apparaît à la surface. C’est justement cette partie cachée qui a provoqué la catastrophe du RMS Titanic dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, dans l’Atlantique Nord.
2. Dans le contexte politique congolais, l’iceberg symbolise cet obstacle majeur, discret mais redoutable, capable de heurter violemment la scène politique nationale. Invisible en grande partie, il peut perforer les mécanismes de protection de l’État et fragiliser l’équilibre de la vie nationale, au point de provoquer un véritable naufrage politique si une vigilance constante n’y est pas accordée.
Il est temps que chacun mette de l’eau dans son vin afin d' éviter de plonger le pays dans une situation délicate.