Kabila : la damnation après la condamnation ( Éditorial de KILEBA POK-A-MES)
L’article analyse les sanctions imposées par les États-Unis contre Joseph Kabila, déjà condamné en RDC pour son soutien présumé au mouvement rebelle AFC-M23. Il soutient que ces sanctions dépassent la simple responsabilité individuelle et s’inscrivent dans un jeu géopolitique plus large. Selon l’auteur, Kabila n’est pas un acteur isolé, mais une pièce d’un système plus vaste influencé par Paul Kagame. Ce dernier, accusé de soutenir les rébellions à l’Est de la RDC, aurait “sacrifié” Kabila en l’exposant pour atténuer les pressions internationales. Cette “livraison” est interprétée comme une stratégie visant à gagner du répit face aux accusations répétées. L’article insiste sur le fait que se limiter à sanctionner Kabila serait insuffisant. Le véritable problème serait structurel et régional, avec un “système de déstabilisation” enraciné dans la région des Grands Lacs et impliquant plusieurs mouvements rebelles successifs (AFDL, RCD, CNDP, M23, AFC-M23). Enfin, l’auteur estime que Kabila paie aujourd’hui pour ses propres fautes (politiques, économiques et humaines), mais que cela ne dédouane pas Kagame, présenté comme l’architecte du système. Il conclut que les sanctions actuelles ne suffisent pas à réparer les torts causés à la RDC, et que Kabila entre dans une forme de “damnation politique”, conséquence de ses actes passés.
Le Trésor américain a sanctionné Joseph Kabila. L’ancien chef d’Etat congolais, déjà condamné par contumace en RDC pour son soutien au mouvement armé pro rwandais AFC-M23, et condamné à la peine capitale, se cachait et vivait entre Goma et l’Afrique australe où il possède de solides intérêts financiers et économiques.
Mais que vaut vraiment Joseph Kabila pour mériter d’être sanctionné par l’administration américaine?
La question peut paraître naïve, voire curieuse. C’est de son impertinence qu’elle secoue les esprits pour aller provoquer la raison. Ancien "raïs" de la RDC, la personne de Kabila ne manque pas d'intérêt. Dix-huit ans d’un pouvoir sans réel partage, il n’est pas un quidam. Prestidigitateur d’un artifice démocratique dont il voulait tirer seul le meilleur, -le beurre et l’argent du beurre-, Kabila est aussi perçu, à juste titre, comme celui qui a conçu et entretient les troubles de jouissance qui émaillent le (s) mandat (s) de Félix Tshisekedi.
Mais pas que. Et pour être livré aux sanctions américaines comme il l’est aujourd'hui, Kabila a surtout été offert en rançon par celui qui l’a fabriqué, son pôtier même, Paul Kagame. Les nerfs à vif, las de subir à chaque rapport des experts des Nations-Unies, à chaque prise de parole de Kinshasa, les accusations de soutenir, d'armer et de parrainer l’AFC-M23, Kagame a décidé, pour la première fois de sa vie, de dire une miette de vérité.
A "Jeune Afrique", Kagame confesse : "L’AFC-M23 est un mouvement congolais auquel l’ancien président Joseph Kabila est "associé". Une demi-vérité. L’AFC-M23, un mouvement congolais? Faux. Joseph Kabila y est "associé"? Vrai! Fidèle à lui-même et à la philosophie tutsi de "Ubwenge", Kagame ne dit jamais entièrement vrai. Mais, il a craché l’essentiel qui lui permet de souffler un instant et d'espérer. Espérer qu’en livrant Kabila, il aura du répit. Il l’a livré en rançon. C'est le sens de la question : que vaut Joseph Kabila?
Il vaut la rançon que Kagame croit avoir payée pour gagner le sommeil. Du moins, espère-t-il. Si à Kinshasa où UDPS et Willy Bakonga dansant la danse du serpent et du ventre, on croit se satisfaire de cela, ce serait grave erreur. Pour être efficaces, les sanctions américaines doivent frapper l’ogre des Grands lacs dans son antre et dans sa perfidie.
La folie qui détruit le Congo, cachant son cerveau dans le pays de mille collines, la force pour l’enrayer doit s’enfoncer dans les entrailles qui l'ont engendrée. Rien de ce qui est systémique ne peut guérir d’une simple lotion épidermique. Si l’on ne peut se satisfaire de seules sanctions contre Joseph Kabila, l’on ne peut davantage faire croire que Kagame a tiré sa dernière flèche de son arc congolais.
Loin s'en faut! Kabila a beau être la flèche dorée de son ogre géniteur, il est bien loin d'en être le dernier arc du génie maléfique. Même son "sacrifice" par Kagame ne suffit pas à réparer les torts causés à la RDC. Parce que Kabila lui-même est un intense et lourd condensé de fautes et de crimes (de sang, économiques et autres) que ne peut effacer une telle rançon et pour lesquels il a négocié un accord d'impunité post-pouvoir, à savoir le fameux "Accord pour la paix et la stabilité au Congo".
Il est juste de penser qu'il paie pour ses crimes mais il reste encore que Paul Kagame paie pour les siens propres dont celui d’avoir créé le personnage de Kabila et la spirale mortifère et mortelle de rébellions cycliques de l’AFDL, du RCD, du CNDP, M23 et de l’AFC-M23. Washington se satisfait-il du seul "sacrifice" de Kabila ou veut anéantir le monstre entier de Frankenstein qui est à Kigali et qu’il a créé?
Pour peu que l’on sache lire la symbolique des astres qui s’entrecroisent dans le ciel congolais, Joseph Kabila, du fait d’une rédemption inachevée et largement feinte, entame désormais le chemin de la damnation qu’aucune autre force ne peut lui éviter. C’est le côté vinaigre du chiffon, la face hideuse du pouvoir du mal que l’on peut détenir et exercer contre les autres. La leçon vaut aussi pour demain.