Félix Tshisekedi face à la presse : « Sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pas d’élections en 2028 »

Ni dialogue, ni scrutins sans les Kivu : Le President Felix Tshisekedi a durcit le ton devant plus de 200 journalistes et Professionnels des médias

Mai 8, 2026 - 12:22
Mai 8, 2026 - 13:35
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Félix Tshisekedi face à la presse : « Sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, pas d’élections en 2028 »

Le Président de la République Démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a tenu ce mercredi 6 mai 2026 une conférence de presse de plus de trois heures à la Cité de l’Union africaine à Kinshasa. Face à plus de 200 journalistes nationaux et internationaux, le chef de l’État a fait de la crise sécuritaire dans l’Est du pays le cœur de son intervention, conditionnant la tenue des prochaines échéances électorales à la libération des territoires occupés.

Dès l’entame de son propos, le Président Tshisekedi a été catégorique : si la guerre imposée par le Rwanda et ses supplétifs du M23/AFC se poursuit, la RDC ne pourra pas organiser les élections présidentielle et législatives prévues en 2028. « Sauf situation contraignante comme celle d’aujourd’hui, celle de la guerre, malheureusement, on ne pourra pas organiser les élections en 2028. Mais ce ne sera pas parce que j’ai refusé de les organiser. On ne va pas les organiser sans le Nord et le Sud-Kivu », a-t-il déclaré, établissant un parallèle avec d’autres contextes de guerre, notamment celui de l’Ukraine.

Le chef de l’État a fermement rejeté les accusations selon lesquelles il entretiendrait le conflit à des fins politiques, rappelant que près de 30 % du budget national est alloué à l’effort de guerre. « Sans paix, je ne vois pas comment nous pouvons poursuivre le développement », a-t-il martelé.

Le dialogue national jugé non prioritaire. 

Interrogé sur la possibilité d’un dialogue inter-congolais pour résoudre la crise, Félix Tshisekedi a opposé une fin de non-recevoir, estimant que cette option n’est pas de nature à mettre fin aux hostilités. « Donnez-moi une garantie que si je convoque des compatriotes pour un dialogue inter-congolais, la guerre prendra fin. Donnez-moi une seule garantie et je m’y mettrai. Croyez-vous vraiment que le fait de réunir des Congolais à Kinshasa ou ailleurs suffira pour que le Rwanda comprenne le message et retire ses troupes ? Cela n’a pas de sens ».

Le président a insisté sur la dimension économique du conflit, accusant Kigali de fonder une partie de son économie sur le pillage des ressources minérales congolaises. « Leur économie est basée sur ces pillages. Ils se battront jusqu’à la dernière énergie avant de quitter le territoire de ce pays ».

Accords de Washington et coopération avec les États-Unis

Le chef de l’État a également évoqué les accords signés le 4 décembre 2025 à Washington, en présence du président américain Donald Trump, qui couvrent plusieurs domaines de coopération au-delà du secteur minier : infrastructures, agriculture, santé, construction d’hôpitaux, armée et police. « Les Américains sont intéressés non seulement par l’exploitation minière, mais aussi par d’autres secteurs. Il s’agit donc d’un véritable partenariat », a-t-il précisé.

Troisième mandat et révision constitutionnelle. 

Sur le plan politique intérieur, Félix Tshisekedi a abordé la question sensible d’un éventuel troisième mandat, que ses partisans appellent de leurs vœux. Tout en rappelant que la Constitution limite le nombre de mandats présidentiels à deux, il n’a pas fermé la porte à une prolongation de son bail à la tête de l’État, à condition que le peuple congolais en exprime clairement la volonté.

« Je n’ai pas sollicité de troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai ». Le président s’est toutefois voulu rassurant sur la voie à emprunter : « Pour moi, si changement, révision ou tout ce qu’il y a doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, le peuple congolais, c’est-à-dire par référendum ».

Une conférence à portée stratégique

Cette conférence de presse, la première depuis février 2024, a été perçue comme un moment clé pour le Président congolais, appelé à rassurer l’opinion, clarifier sa ligne politique et réaffirmer son autorité face aux multiples défis sécuritaires, économiques et sociaux. En liant explicitement la question électorale à la libération du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, Félix Tshisekedi place la communauté internationale et les opinions publiques nationales devant leurs responsabilités : la paix dans l’Est de la RDC est désormais le préalable incontournable à toute transition démocratique dans le pays.

John Busomoke -Journaliste, -Expert en Santé publique Financement des systèmes de santé. -Msc Gouvernance publique et Management des entreprises.