La victoire contre Hitler et le nazisme appartient aussi à l'Afrique : Et si, 81 ans après, l'on osait enfin rendre hommage aux soldats africains

Et si, 81 ans après, l'on osait enfin rendre hommage aux soldats africains qui ont contribué à la libération de l'Europe

Mai 11, 2026 - 14:05
Mai 11, 2026 - 14:15
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La victoire contre Hitler et le nazisme appartient aussi à l'Afrique : Et si, 81 ans après, l'on osait enfin rendre hommage aux soldats africains

Nous sortons à peine des cérémonies du 9 mai 2026. Moscou a fait défiler ses régiments. Les chaînes d'information ont montré les gerbes de fleurs, les vétérans centenaires aux poitrines constellées de médailles, les blindés grondant sur les pavés de la place Rouge.  Le Président Vladimir Poutine a célébré la victoire soviétique, rappelant le prix payé par les peuples de l'URSS. Oui C'était légitime, C'était nécessaire, pour libérer l’Europe de la fureur Nazi.

Une fois encore, en ce 81e anniversaire de la chute du IIIe Reich, les commémorations officielles oublient parfois de rendre hommages à ces vaillants soldats Africains : la victoire contre Hitler et le nazisme appartient aussi à l'Afrique. Elle appartient à ces centaines de milliers de soldats africains qui ont versé leur sang sur tous les fronts européens. Et il est grand temps que le monde cesse de regarder ailleurs.

Rappelons les faits, dans leur brutalité irréfutable.

Dès 1940, lorsque la France s'effondre sous les coups de la Wehrmacht, des dizaines de milliers de tirailleurs sénégalais sont engagés dans la bataille. Ils viennent de l'Afrique occidentale française, de l'Afrique équatoriale, de Madagascar. Leur courage n'a d'égal que le sort que leur réservent les nazis. À Chasselay, dans le Rhône, des soldats noirs faits prisonniers sont exécutés à la mitrailleuse et écrasés sous les chenilles des chars. À Bois-d'Eraine, dans l'Oise, ce sont des dizaines d'autres qui sont abattus sommairement. La Wehrmacht applique à ces combattants la logique raciale du Reich : les Africains sont des « sous-hommes », ils ne méritent pas de vivre. Le massacre des tirailleurs sénégalais en 1940 est un crime de guerre documenté, établi, et pourtant si peu évoqué dans les récits dominants.

Après la défaite, l'Afrique devient la base de la reconquête. De Douala à Fort-Lamy, du Maroc à l'Éthiopie, le continent se transforme en plate-forme alliée. La France libre du général de Gaulle y lève des troupes. La Grande-Bretagne enrôle des centaines de milliers d'Africains, du Nigeria au Kenya, de l'Ouganda à la Gold Coast. La Belgique mobilise la Force publique congolaise. En 1943, les soldats africains sont en première ligne de la campagne d'Italie. À Monte Cassino, dans les montagnes des Abruzzes, les goumiers marocains et les tirailleurs algériens et tunisiens écrivent l'une des pages les plus héroïques de la guerre. Ils attaquent des positions que les Alliés jugent imprenables. Ils les prennent. Le prix est effroyable : des milliers de morts, des corps brisés par le froid, la roche et l'acier. Mais la route de Rome est ouverte.

Août 1944. L'opération Dragoon, le débarquement de Provence, est déclenché. L'Armée d'Afrique en est le fer de lance. Sur les plages de la Méditerranée, les tirailleurs sénégalais, les goumiers, les spahis, les tabors déferlent. Ils libèrent Toulon, Marseille, remontent la vallée du Rhône. Le général de Lattre de Tassigny commande une armée où les soldats venus d'Afrique sont majoritaires. Ils percent les défenses allemandes, libèrent des villes, des villages, sont acclamés par les populations. Puis ils franchissent le Rhin et entrent en Allemagne. Au printemps 1945, quand l'Armée rouge investit Berlin, les troupes africaines de la 1ère Armée française occupent le sud du Reich et le Vorarlberg autrichien. Le 8 mai 1945, jour de la capitulation, ils sont encore au combat.

Le bilan de cet engagement est vertigineux. Environ 250 000 soldats levés en Afrique noire française, près de 25 000 morts. Des dizaines de milliers de Maghrébins tués. Plus de 370 000 Africains dans les rangs britanniques. Des Congolais, des Éthiopiens, des Sud-Africains. Tous ont contribué à écraser la machine de guerre nazie. Tous ont participé à l'effort de guerre mondial qui a rendu possible la victoire du 9 mai 1945.

Ces faits ne sont pas une hypothèse. Ils sont établis par les archives militaires, les travaux des historiens, les témoignages des survivants. Alors pourquoi, au lendemain des commémorations, devons-nous encore rappeler cette évidence ? Pourquoi la contribution africaine est-elle systématiquement minorée, quand elle n'est pas tout simplement effacée ?

La réponse est historique. Elle tient au « blanchiment » délibéré de la mémoire de la Libération. Dès 1944, lors de la libération de Paris, les autorités françaises et alliées exigent que les unités composées de soldats blancs défilent en premier. Les Africains sont relégués à l'arrière. Après la guerre, le général de Gaulle construit le mythe d'une France unanimement résistante, effaçant la part immense des troupes coloniales. Les manuels scolaires minimisent leur rôle. Les monuments aux morts les mentionnent à peine. Les cérémonies officielles les ignorent. Ce déni mémoriel dure depuis huit décennies.

En 2026, Le défilé du 9 mai Moscou a célébrée cette victoire comme un affrontement binaire entre l'URSS et le Reich ce qui est vrai considérant la lourde tribu qu’avait payé les soviétiques. Mais Aujourd’hui, La dimension mondiale et coloniale de la guerre doit être mentionnée désormais et surtout celle des soldats Africains, pour honorer leurs mémoires. Eux qui combattaient pourtant dans le même camp, sous les mêmes étendards alliés, et qui tombaient au même moment pour la même cause.

Pourtant, il n'est pas question ici d'opposer les mémoires. Il ne s'agit pas de rabaisser le sacrifice soviétique pour exalter le sacrifice africain. Il s'agit d’Honorer aussi les vaillants qui ont contribuer à la libération de l’Europe. Le 9 mai 1945, la victoire a été remportée non pas   par un seul peuple. Elle a été l'œuvre d'une coalition. Et dans cette coalition, l'Afrique a eu sa part, immense, décisive, douloureuse. Le reconnaître n'enlève rien à la gloire de l'Armée rouge. Cela rend à la vérité historique ce qui lui est dû.

Alors, en ce 81e anniversaire, osons poser la question : et si nous rendions enfin hommage aux soldats africains ? Et si nous exigions que leur sacrifice soit inscrit dans les récits officiels ? Et si nos États africains, nos sociétés civiles, nos historiens, nos artistes, nos médias, s'emparaient de cette mémoire pour la porter haut et fort ?

L'hommage peut prendre mille formes. Il peut être diplomatique, en demandant que les cérémonies internationales intègrent systématiquement la dimension africaine de la victoire. Il peut être éducatif, en révisant les programmes d'histoire pour enseigner aux jeunes Africains le rôle de leurs ancêtres dans la défaite du nazisme. Il peut être symbolique, en érigeant des monuments, en nommant des avenues, en créant des journées de commémoration. Il peut être éditorial, comme nous le faisons aujourd'hui.

Mais l'hommage le plus important est peut-être intérieur. Il consiste à restaurer la fierté. À dire aux jeunes Africains de 2026 que leurs arrière-grands-pères n'ont pas été des figurants de l'histoire du XXe siècle. Qu'ils ont été des acteurs majeurs du combat contre la barbarie. Que sans eux, l'Europe ne serait peut-être pas libre aujourd'hui. Que leur courage et leur sang ont contribué à écrire l'un des chapitres les plus glorieux de l'histoire universelle.

Le 9 mai 1945, les nazis capitulaient. Le monde respirait. Et dans les ruines de Berlin comme dans les cimetières de Provence, d'Italie ou d'Allemagne, des soldats africains gisaient, sacrifiés pour une liberté dont ils ne verraient pas tous les fruits. Quatre-vingt-un ans plus tard, leur souvenir n'appartient à personne d'autre qu'à nous. Il ne dépend ni de Moscou, ni de Paris, ni de Londres. Il dépend de l'Afrique. C'est à nous de le faire vivre.

Mais le grand hommage c’est d’abord et surtout au peuple soviétique qui a prouvé au monde qu’il faut se battre au péril de sa vie et contre tout pour la liberté et la patrie.

Nous osons croire que la planète ne connaitra plus jamais l’aventure Nazi

La victoire contre Hitler et le nazisme appartient aussi à l'Afrique. Il est temps que le monde l'entende. Il est temps que nous le proclamions. Et si 81 ans après, nous osions, enfin

John Busomoke -Journaliste, -Expert en Santé publique Financement des systèmes de santé. -Msc Gouvernance publique et Management des entreprises.