Editorial de KILEBA POK-A-MES : L'eau, le caméléon et le renard

L’auteur utilise trois métaphores , l’eau, le caméléon et le renard , pour dénoncer l’opportunisme et le manque de conviction des politiciens congolais, notamment ceux de l’Union sacrée de la nation, plateforme soutenant le président Félix Tshisekedi. Comme l’eau, ces acteurs politiques prennent la couleur du régime en place : Mobutistes hier, Kabilistes ensuite, ils sont désormais tous Tshisekedistes. À l’image du caméléon, ils changent d’apparence selon le contexte politique, motivés non par des idéaux, mais par leur survie et leur ambition de pouvoir. Enfin, tels des renards, ils flattent le chef de l’État dans l’espoir d’obtenir un poste dans le prochain gouvernement, illustrant une politique de courtisanerie sans fond ni vision pour le pays. L’auteur s’interroge : le Président tombera-t-il dans le piège de la flatterie, comme le corbeau dans la fable de La Fontaine ? Ou saura-t-il distinguer les flatteurs intéressés des véritables bâtisseurs ?

Editorial de KILEBA POK-A-MES : L'eau, le caméléon et le renard

Après avoir vu les images de la réunion du présidium de l'Union sacrée de la nation, samedi 2 août, trois images me sont venues à l'esprit, à savoir l'eau, le caméléon et le renard. A première vue, les trois n'ont aucun lien de parenté, même si le caméléon et le renard peuvent toujours s'abreuver de l'eau.

 Les trois se retrouvent pourtant souvent réunis en un seul réceptacle, l'homme politique. Plus particulièrement l'homme politique congolais qui, sans non plus appartenir à la même famille que les trois, n'en envie pas moins les "qualités" ou les propriétés.

Les dirigeants de l'Union sacrée de la nation, plate-forme politique qui soutient le président Félix Tshisekedi, ont étonnamment fait preuve d'une adaptation caméléonesque pour prendre part à la réunion qui a précédé la mise en place du gouvernement Suminwa II attendu.

Tous ou presque, à part quelques uns, ont revêtu l'uniforme de la pensée unique qui les a aussitôt démonetisés aux yeux de l'opinion et aux yeux du Chef de l'Etat. Pour venir à cette messe politique, chacun a révisé ses notes et ses leçons d'enfance à l'école. Ainsi, chacun et tous se souviennent que l'eau est un liquide transparent dont les caractéristiques essentielles sont "inodore, incolore et inspide".

Chacun se souvient avec exactitude que le manuel de classe précisait que "incolore" signifie en français facile, que l'eau n'a pas de couleur mais elle prend la couleur du vase qui la contient. 

Ainsi dans un vase rouge, le liquide apparaîtra rouge comme il apparaîtra vert dans un verre vert. Et si le vase qui la contient est un régime politique, de couleur Mobutu, l'eau prendra la couleur Mobutu.

Une fois Mobutu parti avec son régime, l'eau prendra la couleur Kabila, père et fils. Comme depuis janvier 2019, le régime est aux couleurs Tshisekedi Fatshi, toutes les eaux du pays sont fatshistes ou fatshisantes... Ce qui explique que les hommes et les femmes se sont drapés des chemises et pagnes à l'effigie de Félix Tshisekedi comme hier et avant-hier ils se drapaient à l'effigie de Kabila et Mobutu.

Du caméléon, reptile insectivore, ils ont capté sa capacité à changer de couleur pour s'adapter à la couleur du milieu. Mobutistes avec Mobutu, Kabilistes sous Kabila et aujourd'hui Tshisekedistes avec Tshisekedi, il n'y a pas meilleure illustration de la théorie de l'évolution en zoologie politique qui puisse ignorer ces âmes damnées d'hier qui ne sollicitent qu'à perpétuer leur damnation. Pourvu qu'ils aient le pouvoir ou qu'ils s'y maintiennent. C'est pourquoi devant un Tshisekedi haut perché, annonçant l'imminence de la distribution du pouvoir dans un gouvernement Suminwa remanié, réduit à moins de 50 postes et ouvert à l'opposition et à la société civile, tout le zoo politique de l'Union sacrée : hyènes, chacals, reptiles, rongeurs, canidés, fauves, volatils, prédateurs, toutes espèces ont emprunté au renard pour lui chanter en présentiel au Chef de l'Etat : "vous êtes le phénix des hôtes de ce pays, fils du Sphynx. Comme vous êtes beau sur notre corps..." Lénifiant! Mais le Président a-t-il cédé à ce culte de sa personnalité? Comme le corbeau de la fable laissant tomber son fromage à ses dépens?

 Cette leçon ne vaut pas un maroquin ministériel à un seul de ces flatteurs impénitents toujours prêts à répéter le même culte qui n'a jamais sauvé le pays. Tout flatteur vivant aux dépens de celui qui l'écoute, la guerre dans nos murs, quel corbeau serait encore naïf pour se laisser berner par les chants de tous ces renards de surface et de profondeur?