*Éditorial de Léon HOPAY :RDC-Ouganda , l'illusion d’une paix avec l’ennemi*
Dans cet éditorial, Léon Hopay dénonce l’illusion d’une paix entre la République Démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda, un pays historiquement accusé d’ingérence et de soutien aux groupes armés dans l’Est congolais. Malgré une apparente réconciliation sous la présidence de Félix Tshisekedi, les soupçons persistent sur le double jeu de Kampala, notamment son implication supposée dans le soutien au M23. L’auteur critique la stratégie de coopération actuelle, qualifiée de naïve et dangereuse, où la RDC traite ses anciens agresseurs comme des partenaires, sans garanties ni contreparties claires. Il alerte sur le risque pour Kinshasa de se retrouver affaiblie, trompée par des alliances diplomatiques de façade avec un ennemi qui n’a jamais réellement changé.
Dans la région des Grands Lacs, certaines alliances ressemblent à des pactes avec le diable. La relation entre la République Démocratique du Congo et l’Ouganda en est un exemple frappant : un voisin autrefois agresseur, aujourd’hui qualifié de partenaire stratégique. Pourtant, derrière les sourires diplomatiques et les opérations militaires conjointes se cache une vérité gênante : la RDC dort avec un ennemi qui n’a jamais véritablement déposé les armes.
Depuis la fin des années 1990, Kampala a été perçue, à juste titre, comme acteur clé dans les déstabilisations à répétition de l’Est congolais. Du régime de Laurent-Désiré Kabila à celui de Joseph Kabila Kabange, l’Ouganda a été pointé du doigt pour son soutien présumé à des groupes armés, ses incursions militaires et son implication dans le pillage des ressources naturelles congolaises.
Avec l’arrivée au pouvoir de Félix-Antoine Tshisekedi, une nouvelle doctrine semblait se dessiner : celle du dialogue avec les anciens ennemis. Une stratégie de rupture assumée avec la ligne dure de ses prédécesseurs. Mais cette main tendue à Kampala, censée désamorcer les tensions, ressemble aujourd’hui à une ouverture à sens unique et potentiellement suicidaire.
Car derrière les apparences d’un partenariat renouvelé, les soupçons demeurent. L’Ouganda, comme le Rwanda, est régulièrement accusé de soutenir indirectement des mouvements rebelles actifs sur le sol congolais, à commencer par le M23. Et pendant que les diplomates s’échangent des poignées de main, des populations entières continuent de fuir les violences dans les provinces de l’Est.
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Le paradoxe devient intenable : comment justifier une coopération sécuritaire avec un pays soupçonné d’attiser, en coulisses, le feu qu’il prétend éteindre ? Comment expliquer le silence de Kinshasa face à des déclarations ouvertement hostiles de hauts responsables militaires ougandais ?
La politique de Félix Tshisekedi, pourtant bâtie sur un volontarisme affiché, semble ici s’égarer dans une cécité stratégique déconcertante. De nombreux observateurs nationaux tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent une guerre asymétrique dans laquelle la RDC s’obstine à traiter ses bourreaux d’hier comme des partenaires d’aujourd’hui.
« Un mariage contre nature », dit l’un d’eux, où l’on s’unit à celui qui, dans l’ombre, affûte encore ses lames. À trop vouloir apaiser sans garantie, à trop chercher la paix sans mémoire, la RDC risque de s’enfoncer davantage dans le piège. Car l’histoire des Grands Lacs africains l’enseigne : la naïveté se paie toujours au prix fort.
Ce que Kinshasa présente comme une politique d’apaisement pourrait bien être perçu, de l’autre côté de la frontière, comme un aveu de faiblesse. Et si l’objectif était de bâtir une paix durable, force est de constater que la RDC s’est pour l’instant contentée d’offrir le bénéfice du doute… à ceux qui, historiquement, ont toujours capitalisé sur son instabilité. La RDC peut-elle vraiment tourner la page tant que ses partenaires d’hier restent ses bourreaux d’aujourd’hui ? Là est toute la tragédie : à force de dormir avec l’ennemi, on finit parfois par se réveiller désarmé.