* Éditorial de Léon HOPAY : RDC-Rwanda, la paix en trompe-l’œil d’un conflit à géométrie régionale*
Un nouvel accord de paix entre la RDC et le Rwanda, soutenu par les États-Unis, suscite l’espoir d’une stabilité dans l’Est du Congo. Cependant, cette démarche, qui se concentre uniquement sur Kigali, risque de s’avérer insuffisante. Le conflit en RDC est enraciné dans une dynamique régionale complexe impliquant plusieurs acteurs, notamment l’Ouganda, qui a historiquement joué un rôle clé dans les rébellions congolaises. L’exemple du M23, soutenu indirectement par l’Ouganda, en est une preuve. Limiter les négociations au seul Rwanda pourrait conduire à une paix illusoire, en négligeant d’autres foyers d’instabilité. L’éditorial appelle à une approche diplomatique plus large, incluant tous les pays de la sous-région, pour parvenir à une solution durable à ce conflit à géométrie variable.
Alors qu’un nouvel accord de paix semble se profiler entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, censé ramener la stabilité dans la partie orientale du pays, l’enthousiasme est tempéré par une série d’interrogations stratégiques.
L’initiative, soutenue par les États-Unis, vise à amener Kigali à cesser son soutien présumé aux groupes armés actifs dans l’Est congolais. Pour Kinshasa, qui qualifie désormais le Rwanda de principal agresseur, cet accord est présenté comme une victoire diplomatique.
Mais l’histoire et la géopolitique régionale imposent de la prudence. Depuis l’ère AFDL, les conflits qui secouent la RDC impliquent une mosaïque d’acteurs régionaux. Déjà en son temps, Laurent-Désiré Kabila dénonçait l’influence conjointe du Rwanda et de l’Ouganda.
Or, dans l’approche actuelle, Félix Tshisekedi semble focaliser ses efforts diplomatiques uniquement sur Kigali, comme si ce dernier représentait à lui seul le nœud du problème.
Mais que se passera-t-il si, demain, l’Ouganda, historiquement impliqué dans les rébellions en RDC reprend l’initiative ? Faudra-t-il alors rouvrir une nouvelle séquence de négociations ? Se contenter d’un tête-à-tête avec le Rwanda reviendrait à négliger les autres foyers d’instabilité potentiels.
L’erreur de Kinshasa serait de traiter un conflit régional comme un simple différend bilatéral. Car les menaces ne viennent pas que de l’Est immédiat. L’Ouganda, par exemple, reste un acteur majeur dans les dynamiques de guerre à l’Est. La résurgence du M23 en est une illustration édifiante : en 2013, après leur défaite, les combattants de ce mouvement s’étaient repliés... en Ouganda, non au Rwanda. Et leur retour s’est opéré via Bunagana, poste-frontière congolais… avec l’Ouganda.
Ce détail géographique suffit à reposer la question de la complicité régionale. Plus encore, selon certains analystes, Ouganda aurait facilité le retour du M23, notamment en 2021, lors de l’entrée massive et controversée de son armée en territoire congolais, officiellement pour combattre les ADF. Le flou autour du nombre de soldats, de leur armement et des objectifs réels de cette opération avait d’ailleurs alimenté de nombreuses inquiétudes à Kinshasa.
Dans ce contexte, une paix exclusive avec Kigali pourrait se révéler illusoire, voire dangereuse. La RDC gagnerait à élargir son champ diplomatique et à initier un dialogue plus global avec l’ensemble des pays de la sous-région : Ouganda, Burundi, Angola, voire au-delà. Une vision fragmentaire de la paix ne saurait apporter une solution durable à un conflit dont les racines sont profondément interconnectées.