Crise sécuritaire dans l’Est de la RDC: « Nous avons fait du progrès et nous pensons que cette fois-ci est la bonne », Patrick MUYAYA (interview)

Crise sécuritaire dans l’Est de la RDC: « Nous avons fait du progrès et nous pensons que cette fois-ci est la bonne », Patrick MUYAYA (interview)
Patrick MUYAYA Katembwe, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement.

Le gouvernement congolais et l'AFC/M23 ont signé vendredi, à Doha , au Qatar, une déclaration de principes qui ouvre la voie à un dialogue inclusif entre les deux parties . Une décision saluée notamment par l'Union européenne et la Monusco . Cependant, au pays , certains politiciens sont sceptiques quant à l'aboutissement de ce processus facilité par les USA. Dans cet entretien, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick MUYAYA, revient sur les garanties de cet engagement pour le retour d'une paix durable dans l'Est du pays . 


La République démocratique du Congo et le groupe rebelle AFC/M23 ont signé samedi à doha une déclaration de principes visant à mettre fin aux combats dans l’Est du pays . Quelle analyse portez-vous sur ce document?

PMK: “écoutez , c’est un document qui est l’aboutissement de plusieurs discussions. N’oubliez pas qu’il y a eu un 18 mars la rencontre entre le président Félix Tshisekedi, l’émir du Qatar et le président Rwandais . C’est la rencontre qui a précédé les discussions entre les représentants du gouvernement congolais et ceux du M23. Il ne faut pas oublier que le 23 Avril , les deux parties avaient signé un document qui a appelé notamment à un cessez-le-feu qui définissait la ligne à suivre quant à l’atteinte de l’objectif de la paix . Aujourd’hui, il faut donc considérer la déclaration de principes du 19 juillet comme une évolution; la dernière étape avant qu’on arrive à l’accord de paix entre les deux parties . C’est dire que nous avons fait du progrès et nous pensons que cette fois-ci c’est la bonne . Le président de la république a déjà démontré depuis le début de ce conflit son engagement pour la paix et l’évolution qu’on a notée aujourd’hui vient s’inscrire dans cet ensemble que nous bâtissons avec ce qui se passe à Washington pour être sûrs que nous avons réglé le problème à tous les niveaux”.

Cet accord engage le gouvernement de la RDC avec la coalition AFC/M23/RDF à avancer ensemble vers une solution négociée à la crise qui secoue  l’Est de la RDC . Avez-vous des garanties que cette fois-ci ça sera la bonne ? 

PMK: “Les garanties c’est celles qui , par exemple, nous concernent  parce que nous avons la détermination vers la paix . Alors la paix si vous la voulez , vous devez la vouloir avec les parties avec lesquelles vous êtes en conflit . Et aujourd’hui, on ne peut pas préjuger les intentions des uns et des autres lorsque tout le monde, on a couché sur un document devant témoins , en l’occurrence au Qatar il y avait les représentants du gouvernement américain, du gouvernement Qatari. Donc , nous présumons que tout le monde a les mêmes intentions que nous et que pour cette fois-ci, nous allons tous travailler pour que cet accord puisse produire des effets escomptés . Et donc , ici il ne faut pas oublier que toutes ces démarches se fondent sur un certain nombre de principes. Pour nous , la constitution, les chartes de l’union africaine et de l’ONU. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a aussi une résolution 2773 qui trace aussi la voie et qui consacre qu’en réalité , il n’y a pas de solution militaire à la crise que nous avons dans l’Est et que cela doit passer par une solution négociée ou discutée . C’est ce qui se fait à Washington d’une part avec le Rwanda et à Doha d’autre part avec l’AFC/M23”.

Dans cette déclaration de principes, on ne parle pas clairement du retrait des troupes de l’AFC/M23 des territoires qu’elles occupent . Comment assurer l’autorité de l’Etat tel que préconisé dans ce document? 

PMK: “ je crois qu’il ne faut pas se perdre , parce que l’objectif justement de ces pourparlers c’est que nous revenions à l’ordre normal des choses où la constitution est respectée , où les instruments internationaux que j’évoquais ci-haut sont respectés , qui ne consacre pas l’existence d’une certaine forme de rébellion ou d’administration parallèle. Alors on ne va pas aller dans les mots comme les uns et les autres. Mais ici il faut reconnaître que l’objectif ultime c’est de revenir à l’ordre normal et que le retrait ou tout au moins la disparition de l’AFC/M23 dans sa forme actuelle sera une conséquence. Mais cela sera précédé juste par des discussions dans le cadre de l’accord de paix qui doit découler de cette déclaration de principes et cet accord de paix sera assorti d’un calendrier de ce qui doit être fait pour permettre que progressivement l’autorité de l’Etat à travers la police et d’autres services puisse  être rétablie . “

Dans cette déclaration, il y a une certaine chronologie des faits . Qu’est-ce qui prouve que cette chronologie sera respectée quand on sait que lors des négociations passées il était demandé aux militaires AFC/M23 de se cantonner pour un désarmement . Cela n’a jamais eu lieu . Quelle assurance avez-vous que cette fois-ci c’est la bonne même si les États-unis y ont un œil ?

PMK: “écoutez , nous comprenons le scepticisme des congolais par rapport à ce cette situation qui est récurrente . Mais cette fois-ci, il faut vous rassurer que le président de la république veut que nous puissions trouver une solution une bonne fois pour toutes . Ici toutes les parties sont engagées vers la paix , non pas seulement entre les parties signataires , mais aussi devant les garants , notamment le gouvernement américain et le gouvernement qatari . Et je pense que ces deux gouvernements vont accompagner la mise en œuvre de de qui avait été convenu pour que nous puissions nous assurer que cela produise les conséquences que cela souhaitait . On comprend justement ce qui s’est passé. Nous avons une certaine expérience en la matière. Et soyez rassurés que les experts du gouvernement qui discutent et qui discuteront avec les représentants du M23 tiendront compte de ce passé pour que nous puissions trouver cette fois-ci une solution durable et définitive. “

Monsieur le ministre, estimez-vous que cette fois-ci les compatriotes vivant dans l’Est du pays et qui subissent les atrocités de toutes sortes peuvent cette fois-ci aspirer à une paix durable ? 

PMK: “ c’est l’objectif en tout cas de toutes ces démarches et l’engagement du président de la république ; le premier engagement . Et il faut considérer que cet engagement du président de la république ne l’est pas simplement verbalement . Il se traduit notamment par toutes ces initiatives et par notre pleine participation . À ces populations, d’abord ils doivent savoir que nous sommes solidaires et que nous travaillons pour que dans le meilleur des délais , nous puissions restaurer la paix . Si tout évolue dans le sens de ce qui a été convenu dans le cadre de la déclaration de principes de Doha, nous pouvons avoir à l’horizon du 20 août , un accord , l’accord que nous aurons avec l’AFC/M23 sera le 6ème acte qui nous permettra d’aller vers la paix . Donc , vous voyez que progressivement, nous mettons ensemble les pieds ; ce sui va nous permettre de construire l’édifice de la paix et pour lequel nous sollicitons le soutien , l’accompagnement du peuple congolais parce qu’il faut continuer à faire confiance au  président de la république et à tout son gouvernement .”

Au nom du gouvernement de la république, qu’est-ce que vous vous pouvez lancer comme message au à la population congolaise parce que la situation de l’Est du pays concerne toute la nation .

PMK: “ le premier message c’est d’abord un message d’unité parce que vous savez que nous avons lancé la campagne congolais telema . Et aujourd’hui, nous avons vu les congolais de partout comment ils sont mobilisés , comment ils s’impliquent pour  le sujet et qu’ils manifestent quotidiennement leur soutien aux populations qui sont directement affectées par la crise . Le message aujourd’hui c’est de continuer à faire confiance au président de la république , car comme je le disais précédemment, vous avez vu que nous avons fait des pas qui vont nous permettre d’atteindre bientôt l’objectif du retour de la paix . C’est une paix que nous voulons construire et pour construire cette paix , on a besoin de l’accompagnement de tout le monde et j’espère que chacun où nous sommes , nous nous disposons pour que cette paix arrive rapidement.”