Éditorial de Léon HOPAY : L'alternance gâchée

Éditorial de Léon HOPAY : L'alternance gâchée
À gauche, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République Démocratique du Congo et à droite, Joseph Kabila Kabange, Président honoraire de la République Démocratique du Congo

La République Démocratique du Congo replonge dans une crise politique, sécuritaire et économique d’une ampleur inquiétante. Après dix-huit années de règne de Joseph Kabila, marquées par une sortie inédite et relativement pacifique du pouvoir, un espoir était né : celui d’une véritable alternance démocratique. Hélas, cet espoir n’aura été qu’un mirage.

L’alternance politique, rêvée, espérée, arrachée de haute lutte par un peuple en quête de renouveau, n’aura été qu’un présent empoisonné, aussitôt saboté.

Quelle ironie tragique : ce que les Congolais ont obtenu de plus précieux depuis l’indépendance semble aujourd’hui dilapidé. D'où vient le mal congolais ? Peut-on encore accuser les puissances étrangères, les impérialistes, les multinationales ?

Sans les dédouaner totalement, il serait malhonnête de leur imputer la faillite actuelle. Le vrai naufrage est celui d’une élite politique incapable d’assumer ses responsabilités, prisonnière de ses égos, de ses haines et de ses querelles intestines.

Comment expliquer qu’un pays aussi riche en ressources, aussi résilient, puisse être ainsi précipité dans l’abîme par des hommes censés le servir ?

 Comment comprendre qu’un président ayant incarné la première transition démocratique soit aujourd’hui contraint à l’exil, sinon par l’immaturité chronique d’une classe politique qui, plus de soixante ans après l’indépendance, peine encore à grandir ?

L’égoïsme, le tribalisme, la logique du « ôte-toi que je m’y mette » ont étouffé toute volonté d’intérêt général. Et avec elles, les luttes des pères de l’indépendance : Lumumba, Mulele, Kasavubu, Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, et Étienne Tshisekedi , sont jetées aux oubliettes.

 Triste héritage. Triste constat. Faut-il encore user de périphrases ? Non. Cette classe politique est médiocre. Sans honte, sans vision, sans sens de l’histoire. Elle méprise les besoins du peuple, et s’accroche au pouvoir comme s’il s’agissait d’un butin.

Mais le peuple congolais n’a-t-il pas aussi une part de responsabilité ? Ne doit-il pas, une bonne fois pour toutes, se lever et se prendre en main ? Faut-il encore d’autres martyrs, d’autres révolutions, d’autres trahisons pour que le réveil ait enfin lieu ? La RDC a trop chuté. Le peuple mérite mieux. Et certaines autorités devront, tôt ou tard, répondre de cette trahison.