*GRAND GENRE/INTERVIEW : Thierry Muzaza , « La discrétion n’est pas un défaut, c’est une stratégie »*
Trois fois élu député national, Thierry Muzaza se distingue par son style politique discret, en contraste avec la tendance dominante à la surmédiatisation. Dans une interview exclusive, il défend sa stratégie du silence comme une forme d’efficacité politique. Il affirme privilégier l’action concrète à la communication tapageuse, se concentrant sur des projets tangibles pour la population d’Idiofa, comme la construction de centres de santé, d’écoles ou encore l’installation de forages. Mathématicien et philosophe de formation, il adopte une méthode rigoureuse et réfléchie dans l’exercice de son mandat, notamment au sein des commissions parlementaires. Muzaza cite notamment un plaidoyer réussi pour la régularisation des salaires des agents de la division provinciale du Tourisme du Kwilu, et l’appui à la famille d’un agent décédé pour l’obtention d’une indemnité. Sur le plan politique, il entretient de bonnes relations avec les figures majeures de la province du Kwilu, tout en assumant une gestion sobre et resserrée de son entourage, qu’il juge plus efficace. En résumé, Thierry Muzaza se revendique comme un homme d’action plutôt que de discours, misant sur la discrétion, le sérieux et les résultats concrets pour asseoir sa légitimité.
Trois fois élu député national, Thierry Muzaza intrigue autant qu’il fascine. Dans un paysage politique dominé par la mise en scène et la surcommunication, l’élu d’Idiofa joue la carte du silence. Rencontre avec un homme qui préfère agir dans l’ombre que briller sous les projecteurs.
Propos recueillis par Léon Idole HOPAY
LIH : Vous êtes député national depuis trois mandats, mais vous êtes très peu médiatisé. Pourquoi ce choix de rester discret ?
T.M: Je crois profondément que le rôle d’un élu ne se mesure pas à sa présence dans les médias, mais à son impact sur le terrain. Je n’ai jamais cherché à occuper l’espace médiatique. Ce n’est pas mon tempérament, ni ma conception de la politique. Ce qui m’importe, c’est ce que je fais pour les populations d’Idiofa, pas ce que l’on dit de moi à Kinshasa.
LIH : Mais dans un contexte où la visibilité est souvent perçue comme un gage d’efficacité, n’est-ce pas un pari risqué ?
T.M :Je comprends que la communication soit devenue centrale. Mais je pense qu’il faut distinguer la communication de la communication de façade. On peut très bien être visible, bruyant même, sans rien faire de concret. Mon pari est inverse : laisser parler les résultats. C’est un choix réfléchi, assumé. Et je crois que les électeurs savent faire la différence.
LIH:Vos adversaires vous reprochent tout de même un manque de présence sur le terrain…
T.M :Je suis sur le terrain, mais à ma manière. Je ne suis pas de ceux qui arrivent avec une caméra et un micro pour inaugurer chaque mètre de route ou chaque banc d’école. Pourtant, depuis dix ans, nous avons construit des centres de santé, réhabilité des écoles, installé des forages dans des zones enclavées. Les gens qui bénéficient de ces infrastructures savent que je suis à leurs côtés.
LIH : Votre entourage vous décrit comme un homme méthodique, presque scientifique dans votre manière de gérer votre mandat…
T.M :C’est vrai, je suis mathématicien de formation. Cela m’a appris à raisonner avec rigueur et à prendre des décisions sur la base de faits, pas d’émotions. Je suis également passionné de philosophie, ce qui me pousse à toujours m’interroger sur le sens de ce que je fais. En politique, cela se traduit par une volonté de travailler en profondeur, notamment au sein des commissions parlementaires, où se prennent souvent les décisions les plus importantes.
LIH: Vous ne craignez pas que cette posture vous isole politiquement ?
T.M: Je ne suis pas isolé. Je suis respecté. Mes collègues savent que je parle peu, mais que quand je m’exprime, c’est pour proposer, pas pour polémiquer. Je préfère les compromis utiles aux discours stériles. Et si cela me vaut moins de temps d’antenne, tant pis.
LIH: Pourtant, dans un monde de plus en plus bruyant, votre silence peut paraître suspect…
T.M .:(Rires.) Il n’est pas suspect, il est stratégique. Le silence, c’est aussi une forme d’élégance politique. Et une manière de résister à la tentation du populisme. Je ne prétends pas détenir la vérité, mais je crois que dans un pays où tant de choses sont dites et si peu sont faites, le silence peut être une force.
LIH :Vous avez été réélu à trois reprises. Que disent ces victoires électorales de votre lien avec la population d’Idiofa ?
T. M: Elles disent, je l’espère, que les gens reconnaissent mon engagement. Que, malgré ma discrétion, ils voient ce qui est fait. Et qu’ils font la part des choses entre les discours et les actes. Je leur suis profondément reconnaissant pour cette confiance renouvelée.
LIH : En tant que député national, pouvez-vous nous citer un plaidoyer que vous avez initié et qui a porté ses fruits ?
T.M: Absolument. Récemment, avec l’honorable Dhedhe MUPASA, nous avons conjointement initié un plaidoyer auprès du Vice-Premier Ministre, Ministre de la Fonction Publique, pour régulariser la situation salariale des agents de la Division provinciale du Tourisme dans la province du Kwilu. La première tentative de rencontre n’ayant pas abouti, j’ai personnellement relancé le dossier lors d’une séance de travail avec le Vice-Premier Ministre, en présence du caucus des députés nationaux du Kwilu. À cette occasion, j’ai réitéré avec insistance notre demande : il fallait impérativement trouver une solution au retard de neuf mois de salaires accumulé par ces agents. Cette démarche a porté ses fruits. Dès le mois de juillet, les agents concernés percevront enfin les arriérés qui leur étaient dus. Dans la même dynamique, j’ai également accompagné la famille de feu Odiasup, ancien chef de division provinciale du Tourisme, auprès du même ministre. L’objectif était clair : faire valoir leur droit à l’indemnité d’enterrement prévue pour tout agent de l’État décédé. Non seulement cette requête a été acceptée, mais elle a aussi ouvert la voie à la prise en charge d’autres doléances exprimées par la famille. Voilà, selon moi, ce que signifie être un élu proche du peuple : poser des actes concrets, défendre les plus vulnérables et obtenir des résultats tangibles.
L.I.H . : Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos relations avec les grandes figures politiques de la province, notamment Aubin Minaku, Richard Ndambu, Boris Mbuku ou encore Masela ?
T.M . : Je suis en très bons termes avec la quasi-totalité des notables du Kwilu. Ceux que vous citez sont mes aînés : je leur dois du respect, tant sur le plan de l’âge que sur celui de l’expérience et des moyens. J’entretiens une relation particulièrement cordiale avec l’honorable Aubin Minaku Ndjalandjoko, que je considère comme une référence politique dans notre province.
L.I.H . : Certains vous reprochent de vous entourer d’un cercle très restreint. Est-ce un choix stratégique pour limiter les dépenses ?
T.M . : Ce n’est pas une question d’économie, car croyez-moi, nous dépensons quand même. Mais j’ai fait le choix délibéré de ne pas m’entourer d’un grand nombre de personnes. Souvent, ce sont justement les entourages trop larges qui créent les conflits et alimentent les malentendus entre notables. J’opte donc pour la sobriété, la discrétion et l’efficacité.
LIH :En résumé : peu de mots, mais beaucoup d’actes ?
T.M :Exactement. C’est une équation que j’essaie de respecter. Et jusqu’ici, elle me semble tenir.
LIH: Merci beaucoup pour avoir brisé le silence une fois pour répondre à nos questions
T.M :( Rires) Merci pour avoir réussi à me faire parler une fois ...