Le Mot du Weekend (10 Février 2024) L’État est-il quelque chose de naturel? (Patience Kabamba

Feb 14, 2024 - 21:08
 0
Le Mot du Weekend (10 Février 2024) L’État est-il quelque chose de naturel? (Patience Kabamba

Aujourd’hui le débat dans notre pays la République Démocratique du Congo est sur la guerre de Goma qui continue à endeuiller nos compatriotes de l’Est? Des marches de protestations ont été organisées devant les ambassades des USA et de la Grande Bretagne. La Cup d’Afrique des Nations (CAN) qui se déroule en Côte d’Ivoire, un évènement sportif de portée continentale, était une occasion rêvée pour dire au monde combien les Congolais en avaient marre du silence de la communauté internationale face à une guerre qui a détruit plus de vies depuis la deuxième guerre mondiale. Le silence des médias sur les évènements du Congo dont nous sommes témoins depuis près de trois décennies vient encore d’être démontré par la décision par la chaine de télévision Canal Plus de ne pas montrer au monde entier les images des Congolais qui déplorent leurs morts à l’Est du pays. Les évènements sportifs ont toujours été le lieu où le monde manifeste contre le racisme, par exemple, ou contre les massacres de grande envergure. La décision de Canal +, de ne pas diffuser les images des Congolais arborant des pancartes sur lesquels ils condamnaient les tueries de leur compatriotes par le groupe M23 soutenu par les gouvernements rwandais et ougandais, participe de ce silence paradoxal des médias autour de la question de l’Est du Congo. Le silence de Canal + signifie tout simplement que la chaine s’aligne sur le point de vue du Rwanda et de la communauté internationale qui a décidé l’omerta sur les massacres des congolais. La réponse de certains congolais étaient d’appeler au boycott de Canal + dans le pays. Cette action est sans doute plus puissante que les marches de protestation devant les ambassades étrangers, notamment celui des USA et du Royaume Uni. Le boycotte va toucher à la bourse et cela fera mal au propre comme au figuré. Le MDW encourage ce type de boycotte économique. K

Au-delà de cette actualité, le MDW d’aujourd’hui voudrait mener une réflexion de profondeur sur l’Etat (le “Status”, le tenir debout dans nos sociétés). Il existe plusieurs théories de l’Etat inspirées surtout par des sociologues et des philosophes comme Max Weber, Aristote, Lock , Hobbs ou Rousseau. La grande différence entre la conception de l’Etat par ces philosophes et sociologues que je viens de citer et celle de Karl Marx est que ce dernier place l’origine de l’Etat à partir de la révolution néolithique et contrairement aux autres, ne considère pas l’Etat comme une donnée qui est quasi naturelle. Aristote dit même que ce qui nous différencie d’avec les animaux est que nous sommes des “zoon politikon”, c’est-à-dire des animaux politiques. L’Etat qui est l’organisation de la vie politique est donc interne à l’homme. Nous ne pouvons que nous organiser en Etat. Karl Marx s’oppose à cette conception de l’Etat. Pour lui, l’Etat est par essence une relation sociale ; quelque chose qui résulte de la production sociale. Depuis que nous sommes devenus des homo sapiens sapiens il y a 4.000.000 d’années jusqu’à la découverte de l’agriculture en 600 BC, nous avons vécu dans des communautés de l’être sans Etat et sans économie. Je définie l’économie comme le fait de produire non pas pour les besoins de la communauté, mais pour les besoins solvables du marché. On produira des armes qui rapporteront plus d’argent que des écoles qui éduqueront les jeunes à mener une vie communautaire décente. Cette économie n’existait pas dans la communauté de l’être. Qu’est-ce qui s’est passe? Autour de 600 BC, avec la découverte de l’agriculture, on commençait à produire plus que ce dont la communauté avait besoin. Certaines personnes se sont retrouvées avec des stocks de vivres non-utilisés par la communauté. Il fallait décider, soit de bruler cet excédent de production, ou de le conserver. La décision a été de le conserver et donc de commencer à l’échanger d’abord entre les communautés, puis à l’intérieur de la communauté. La valeur d’échange qui est apparue à cette occasion va définir toute l’histoire humaine. Que cela soit la croissance fertile, le maïs en Amérique latine ou le blé en Europe ou encore le riz en Asie, la valeur d'échange qui a été ainsi produite a fini par deviser la communauté en très les procédant des stocks ou des troupeaux (pecunia) les non-possédants. La communauté est devenue scindée, divisée. C’est exactement en ce moment de l’histoire qu’a surgi la politique pour créer des espaces de docilité, pour réunir le scindé ou le séparé. Nous sommes ainsi passe de la communauté de l’entre à la société de l’avoir. Il est important de rappeler cette démarche historique car beaucoup de gens pensent que l’Etat a toujours existee, qu’il existe toujours une logique autonome de l’Etat qui le ferait surgir a un moment donne de l’histoire. La communauté qui vient de se scinder par la force de la valeur d’échange sera réunie en sociétés par une coercition extérieure. Dans la communauté séparée l’Etat a surgit comme le “status” d’unité supérieure de la violence exclusive et de suprématie organisationnelle. L’Etat est donc la forme supérieure qui vient agencer par la domestication et l’aliénation le fait que l’homme a perdu la communauté et qu’il soit entre dans le champs de aliénation de la civilisatio de l’argent et du pouvoir. Bref, il est bon de savoir que l’Etat n’est pas une structure neutre qui agence, comme l’argent n’est pas une structure neutre qui échange. L’Etat et l’argent ont surgi dans la même temporalité de révolution néolithique. 

Enfin, “qu’est-ce que l’Etat?” L’Etat est par essence une relation aliénatoire de l’homme a lui-même, de l’homme au groupe, de l’homme à la production, de l’homme à la production de l’homme. Qui dit l’Etat, dit la révolution de la valeur d’échange, la structuration d’un surgissement économique. Encore une fois, dans la communauté, on produit pour les besoins humains alors dans la société on produit pour les besoins qui seraient de plus en plus solvables dans le développement de la valueur d’échange. 

L'Etat d’après Marx est donc cette unité supérieure qui vient faire la synthèse poste néolithique de la communauté devenue société. Il est une complexité dynamique qui épouse la dynamique de la valeur d’échange particulière. L’Etat congolais est donc adéquat à nos rapports de production. L’Etat prend la forme de la formulation sociale. L’Etat Congolais est différent de l’Etat Malien, Burkinabe ou Ivoirien parce que la structure de prédation de la rente minière qui le formalise est différente des pays cités. Notre dynamique sociale produit notre Etat. L’Etat n’est donc pas quelque chose qui surgit de l’extérieur pour imposer aux humains des normes de soumission. Il est l’enveloppe de nos peurs sociales ou de notre désire de sortir de la prédation. L’Etat congolais cristallise nos peurs d’affronter les prédateurs nationaux et internationaux