INTERVIEW : MON BILAN AU KWILU EST POSITIF. AUJOURD’HUI, MA BATAILLE AU SÉNAT, C’EST... ENTRETIEN AVEC LE SÉNATEUR Willy ITSUNDALA ASANG*

Willy Itsundala revendique un bilan positif, malgré les limites budgétaires, et se présente désormais comme un défenseur des droits des provinces au Sénat. Il appelle à une gouvernance fondée sur la rigueur, la vision et l’équité territoriale.

INTERVIEW :  MON BILAN AU KWILU EST POSITIF. AUJOURD’HUI, MA BATAILLE AU SÉNAT, C’EST... ENTRETIEN AVEC LE SÉNATEUR Willy ITSUNDALA ASANG*
Willy ITSUNDALA ASANG, ancien gouverneur de la province du Kwilu ((2019-2023), actuellement Sénateur

« Mon bilan au Kwilu est positif. Aujourd’hui, ma bataille au Sénat, c’est la rétrocession et la péréquation »

 Propos recueillis par Léon Idole Hopay

 Figure incontournable de la scène politique du Kwilu, Willy ITSUNDALA Asang a été élu sénateur le 2 avril 2025. Ancien gouverneur, ex-président de l’Assemblée provinciale et trois fois député, ce technocrate revendiqué porte un regard assumé sur sa gestion et entend désormais peser au Sénat sur les questions de financement des provinces. Dans cet entretien exclusif, il revient sur son action à la tête du Kwilu et dévoile les priorités de son mandat national.

 Léon HOPAY: Vous avez dirigé le Kwilu avec ce que vous appelez une approche technocratique. Sur quoi reposait-elle ?

Willy ITSUNDALA : Sur deux piliers essentiels : la santé et l’éducation. Ce sont, à mes yeux, les fondements de tout développement durable. J’ai veillé à une répartition équitable des ressources entre les cinq territoires (Bagata, Masimanimba, Gungu, Bulungu, Idiofa) et les villes de Kikwit et Bandundu. Nous avons construit ou réhabilité quelques écoles par territoire, des centres de santé, des maisons de passage, ainsi que les résidences officielles des chefs d’exécutifs et du chef de l'État à Bandundu et Kikwit. L’idée était claire : bâtir un socle humain solide pour l’avenir.

 Léon HOPAY : Et sur le front des infrastructures routières, souvent qualifiées de point faible ?

 Willy ITSUNDALA : Le défi est énorme. Construire des routes demande des budgets bien au-delà des moyens provinciaux. Malgré cela, nous avons pu grâce à nos lobbying relancer certains chantiers clés, comme la route Bandundu -Bangumi avec ADI Construction, et un autre tronçon par l’OVDA. Nous avons aussi opté pour le cantonnage manuel, une solution à moindre coût mais difficile à maintenir sans rétrocession ni appui de la caisse de péréquation, tous deux pratiquement absents. C’est un combat quotidien, d’autant plus rude avec les pluies, et voilà,nous avons pu abandonner.

Léon HOPAY : L’agriculture, pourtant moteur économique du Kwilu, n’a pas semblé être une priorité. Pourquoi ce choix ?

Willy ITSUNDALA : L’agriculture sans routes, c’est produire pour pourrir. Nous avons préféré concentrer nos ressources limitées sur des secteurs à impact immédiat sur la vie des populations. Un choix stratégique, pas un désintérêt.

Léon HOPAY : Quel bilan tirez-vous de votre gouvernance ?

 Willy ITSUNDALA : Positif. J’ai hérité d’un système de gestion familial, sans vision. J’ai introduit une culture de rigueur, structuré l’administration, instauré des indicateurs de performance. Ma gouvernance a été tournée vers les résultats.

Léon HOPAY : Quels sont, selon vous, les défis les plus urgents du Kwilu aujourd’hui ?

 Willy ITSUNDALA : Le pouvoir d’achat, sans aucun doute. Il s’effondre à cause du mauvais état des infrastructures, du manque d’investissements et de l’asphyxie provoquée par un système de centralisation qui prive les provinces de leurs moyens.

Léon HOPAY : Que comptez-vous défendre au Sénat ?

Willy ITSUNDALA: Deux priorités : la rétrocession et la péréquation. Tant que ces mécanismes ne fonctionnent pas, les provinces resteront dépendantes, freinées dans leur développement. Je veux me battre pour que les textes soient appliqués, que les moyens suivent enfin les missions.

Léon HOPAY : Un mot sur votre successeur à la tête du Kwilu ?

 Willy ITSUNDALA : Son succès dépendra de deux choses : les moyens mis à sa disposition, et sa capacité à faire des choix stratégiques. Être gouverneur, c’est prendre des décisions difficiles, mais les résultats sont possibles avec de la vision et de la rigueur.

Léon HOPAY: Votre long parcours politique vous confère-t-il une certaine assurance aujourd’hui ?

 Willy ITSUNDALA : Absolument. J’ai gravi toutes les marches : député, président de l’Assemblée, gouverneur. Je connais cette province dans ses moindres détails. Mon expérience est un levier, autant pour comprendre les problèmes que pour proposer des solutions crédibles. 

Léon HOPAY : Concrètement, que retenez-vous comme réalisations marquantes ?

Willy ITSUNDALA : Beaucoup a été fait. À Bandundu, j’ai facilité la mobilité des autorités avec l’achat de véhicules et de motos. Nous avons construit l’Institut CBCO Malebo, la clinique universitaire, une Maternité et Un laboratoire, une paillotte moderne pour le gouvernorat, et réhabilité plusieurs résidences officielles, y compris celle du Chef de l’État. À Kikwit, nous avons bâti la maternité de Kazamba, une autre clinique universitaire, restauré l’Institut Badinga, et la résidence présidentielle. Dans les territoires aussi, les actions ont été nombreuses : Gungu : Clinique moderne de Gungu, EP. Lukaku/Ingudi à Ingudi, Lycée Mulanda à Mukedi, Institut Kisunsu à Kingandu mission, ainsi que la résidence de l’administrateur.

Bagata : EP Mamvula à Sampier ,ITP Mabanga à SIA, EP. Tosalisana, EP Mbandu et EP Monseigneur Mudiso à Bagata

Idiofa : clinique moderne, maison communale de Kalo, salle polyvalente à Madimbi, Institut Amitié, bloc opératoire de Ngoso.

Bulungu : Institut Révérend Mayamina à Beya Bipangu, Institut Nto-Lulwa, centre de santé de Tunzundu, réhabilitation de l’Institut Mayele 2.

 Masimanimba : Institut Nto-Mbambi et le Centre de santé LUKULA au chef-lieu (Masimanimba ); l'institut Lusasu à Pay Kongila, réhabilitation de l’EP. FONAMES à Mosango ainsi que l'Institut MUTUBU à Bindungi

 Léon HOPAY : Un bilan qui touche à la fois les zones rurales et urbaines ?

Willy ITSUNDALA : Tout à fait. Mon objectif était d’améliorer l’accès aux services de base : santé, éducation, gouvernance dans chaque coin de la province. Pas seulement les centres urbains.

 Léon HOPAY: Honorable sénateur, pensez-vous que la construction de nouvelles cliniques universitaires soit plus prioritaire que la réhabilitation des structures de santé publiques déjà existantes ?

Willy ITSUNDALA : La construction des Cliniques Universitaires de Bandundu-ville et de Kikwit était une décision vitale pour la survie de nos facultés de médecine. Dès ma prise de fonctions, j’ai été confronté à une urgence critique : les facultés de médecine de l’Université de Kikwit et de Bandundu-ville étaient sous la menace d’une suspension pure et simple.

 La raison en était claire : l’absence de structures hospitalières universitaires aptes à accueillir les stages cliniques des étudiants, comme l’exigent les normes académiques nationales et internationales. En l’absence de ces infrastructures, ces institutions risquaient d’être désaccréditées, mettant ainsi en péril non seulement la formation de centaines d’étudiants congolais, mais aussi l’avenir même de la médecine dans ces régions.

 La gravité de la situation était telle que le dossier avait déjà été porté à l’attention du Conseil de sécurité. Face à cette menace imminente, j’ai convoqué une série de concertations avec les acteurs clés : autorités locales, responsables académiques et même l’autorité ecclésiastique, notamment l’évêque de Kikwit.

 Tous s’accordaient à reconnaître qu’il fallait agir vite et fort. C’est ainsi qu’a été prise la décision stratégique de lancer, en urgence, la construction de deux cliniques universitaires à Bandundu-ville et à Kikwit.

Cette initiative, loin d’être un luxe, s’est imposée comme une réponse structurelle à un enjeu existentiel pour nos universités et notre système de santé. Aujourd’hui, avec du recul, nous pouvons affirmer que cette action a permis non seulement de préserver l’existence des facultés de médecine dans ces deux villes, mais aussi de garantir la qualité et la continuité de la formation médicale dans la région.

Il s’agissait d’un choix de responsabilité, orienté vers l’avenir, au service de notre jeunesse, de la santé publique et de la souveraineté sanitaire de notre province.

Léon HOPAY: Merci, Honorable Sénateur, pour cet échange.

Willy ITSUNDALA: C’est moi qui vous remercie.