Politique | Joseph Kabila : Ironie politique, que reste-t-il encore de son immunité ?
Le 20 mai 2025, le Sénat congolais a été saisi d'une demande de levée des immunités de Joseph Kabila, ancien président devenu sénateur à vie. Or, selon plusieurs observateurs, cette immunité est déjà vidée de sa substance : Kabila a perdu sa sécurité, sa rémunération et d’autres privilèges depuis la rupture de la coalition FCC-CACH. L’analyste Albert Mukulumbundu y voit une manœuvre politique dangereuse menée par le président Tshisekedi dans un contexte national tendu. Il accuse le régime d’entretenir les divisions et de détourner l’attention des vraies priorités du pays paix, unité, services publics pour affaiblir un ancien chef d’État devenu dérangeant. L’article dénonce une instrumentalisation de la justice à des fins politiques, dans un climat marqué par des clivages identitaires persistants et une gouvernance en crise.
Par Léon Idole HOPAY
Hier 20 mai 2025, le Sénat de la République Démocratique du Congo a été appelé à se prononcer sur la levée des immunités parlementaires du sénateur à vie, Joseph Kabila Kabange.
Une démarche qui suscite de nombreuses interrogations : que reste-t-il encore des privilèges liés à son statut, si ce n’est leur souvenir ?
Après la rupture de la coalition Fcc-Cash, l’ancien président de la République et sénateur à vie semble avoir été progressivement dépouillé des avantages attachés à sa fonction.
Ses agents de sécurité ont été retirés puis remplacés par des policiers ordinaires. Sa rémunération, ses droits à la mobilité, et même la sécurité de sa résidence officielle du quartier GLM à Kinshasa ont été révoqués.
Aux yeux de certains observateurs, ces mesures équivalent déjà à une levée implicite de ses immunités. Dès lors, le vote annoncé au Sénat pourrait ne relever que de la pure formalité , voire de l’ironie politique.
Mais cette procédure n’est pas sans conséquence. Elle risque, selon plusieurs analystes, de raviver les tensions et de fragiliser davantage la cohésion nationale dans un contexte déjà marqué par de fortes polarités.
Albert Mukulumbundu : « Le président Tshisekedi joue avec le feu »
L’analyste politique Albert Mukulumbundu tire la sonnette d’alarme : pour lui, le président Félix-Antoine Tshisekedi « s’amuse avec le feu » dans un contexte national des plus fragiles.
Alors que la République démocratique du Congo lutte pour rétablir son intégrité territoriale, restaurer la paix et renforcer la cohésion nationale, le chef de l’État, au lieu d’apaiser les tensions, laisserait libre cours à certaines initiatives qu’il qualifie « d’aventures de mauvais goût ».
Selon Mukulumbundu, ces agissements contribuent à exacerber les divisions sociales et alimentent un climat de crispation. « Au lieu de fédérer les énergies autour d’un projet commun, il laisse ses proches multiplier les provocations inutiles », déplore-t-il.
Alors que la République démocratique du Congo peine à affirmer sa souveraineté, à restaurer la paix et à répondre aux besoins les plus élémentaires de sa population, le régime en place semble détourner ses priorités.
Incapable d’assurer des services publics de base, comme le transport en commun, il concentre paradoxalement son énergie sur une manœuvre politique : organiser une prétendue procédure de retrait des immunités parlementaires de Joseph Kabila Kabange , immunités pourtant déjà levées depuis la dissolution de la coalition FCC-CACH.
Par un curieux retournement politique, cette tentative apparaît moins comme une démarche juridique que comme une mise en scène destinée à affaiblir un ancien chef d’État devenu gênant.
Heureusement, Joseph Kabila, en stratège avisé, a choisi l’exil avant que le régime ne cherche à le neutraliser comme un vulgaire opposant. Derrière cette opération symbolique se cache une réalité plus sombre : la persistance des clivages tribaux et des tensions identitaires dans un pays encore en quête d’unité.
Ce simulacre de procédure dépasse donc le simple cadre institutionnel. Il reflète les blessures d’un pouvoir déchu, les failles d’une justice instrumentalisée et l’incapacité chronique du pays à s'engager durablement sur le chemin de la stabilité.