ÉDITORIAL – Léon Hopay : Le Diable du Congo
La République Démocratique du Congo traverse aujourd’hui une crise économique et sécuritaire d’une gravité inédite. Et pourtant, entre 2003 et 2010, puis de 2012 à 2019, le pays semblait s’élever vers un avenir plus stable.
L’on assistait alors à un progrès notable sur les plans politique, économique et sécuritaire. Mieux encore, la RDC a pu célébrer avec fierté et espoir sa toute première alternance démocratique, en janvier 2019.
Un moment historique, marqué par l’arrivée au pouvoir d’un opposant, fait rare sur le continent africain.
À cette époque, le peuple congolais se croyait à l’orée d’un nouveau départ. Voir un ancien chef d'Etat se faire appeler “frère” par son successeur, la stabilité institutionnelle semblait être acquise, l’économie reprenait de l’élan, la paix semblait à portée de main. Tous les indicateurs semblaient au vert pour permettre enfin au géant africain de se mettre debout.
Mais voilà, cet espoir s’est hélas! brisé, brutalement, violemment. En cause seraient : l’égoïsme ,le tribalisme et l’ivresse du pouvoir. Une fois de plus, la classe politique congolaise a démontré son incapacité à transcender des divergences pourtant mineures qu'elles seraient.
Elle a préféré sacrifier l’avenir d’une nation toute entière, sur l’autel d’intérêts partisans et de querelles de positionnement. Le peuple, qui avait cru au “changement”, à la promesse d’une rupture, se retrouve aujourd’hui trahi et désabusé.
Tout a basculé lorsque la coalition FCC-CACH s’est effondrée, à peine un an et demi après l’alternance. La rupture, annoncée par le président Félix Tshisekedi comme une séparation d’avec les "forces du mal", s’est révélée être un piège politique aux conséquences désastreuses.
Non sans compter avec un mécontentement de l’autre côté, le pays a replongé dans une situation encore plus difficile que celle que le président avait héritée en 2019. À l’image des années noires de 2001 à 2003, l’État semble aujourd’hui quasi inexistant. L’économie chancelle. La paix s’effrite. La misère s’installe. Les prix flambent. Le transport est hors de contrôle, et l’autorité de l’État apparaît comme un mirage. Même les négociations régionales se mènent désormais en position de faiblesse.
Mais qui est donc responsable de cette débâcle nationale ?
Certains désignent les États-Unis, accusés d’avoir soufflé sur les braises pour mieux diviser. D’autres pointent du doigt une frange de la diaspora congolaise, qui aurait fait pression pour chasser les Kabilistes, non pas par patriotisme, mais pour s’emparer à leur tour des leviers du pouvoir. Une fois en place, les pratiques de détournement des deniers publics ont hélas confirmé leurs intentions.
Mais au fond, un seul homme connaît la vérité : le Président lui-même. C’est lui qui a décidé de tourner le dos à la coalition. C’est lui qui sait qui l’a conseillé, influencé, peut-être manipulé. Ce conseiller de l’ombre, celui que l’on désigne aujourd’hui comme le *"diable du Congo"*, est peut-être l’architecte de cette descente aux enfers.
Il revient donc au Chef de l’État, et à lui seul, d’en tirer toutes les conséquences. Pour restaurer la confiance, il lui faut nommer, dénoncer et punir ce " *diable* ". Car tant que la vérité restera dans l’ombre, la République, elle, restera à genoux.