Sommet extraordinaire de la SADC : Tshisekedi face à l’isolement et aux revers militaires
Par Léon Idole HOPAY
La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) tient ce 13 mars un sommet extraordinaire en visioconférence. Au cœur des discussions : la situation sécuritaire, politique et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette réunion intervient dans un contexte de plus en plus défavorable pour le président Félix Tshisekedi, confronté à un isolement diplomatique croissant et à des revers militaires face à la rébellion du M23.
Une SADC en difficulté sur le terrain L’un des enjeux majeurs du sommet concerne l’avenir des troupes de la SADC, déployées pour soutenir Kinshasa mais désormais encerclées par les rebelles du M23 à Saké et à la base de la MONUSCO à Goma.
Ce revers militaire illustre l’impasse dans laquelle se trouve la RDC, alors que les tentatives d’obtenir un renfort militaire du Tchad et du Mali ont échoué. En quête de soutien, Tshisekedi aurait proposé à l’administration Trump un accord controversé inspiré du modèle ukrainien : l’échange de ressources minières contre des armes et un soutien diplomatique contre Kigali. Une manœuvre qui a suscité des inquiétudes au sein de la communauté internationale et exacerbé les tensions régionales.
Un président de plus en plus isolé Alors que Kinshasa multiplie les annonces pour afficher une posture offensive face au Rwanda et au M23, les faits révèlent un isolement grandissant. La SADC et d’autres organisations régionales privilégient un dialogue direct entre les parties en conflit, une option que Tshisekedi a jusqu’ici refusée. Pour contourner cette impasse, il a récemment annoncé la formation d’un gouvernement d’union nationale. Une initiative qui, loin d’apaiser les tensions, ne répond ni aux exigences des Nations unies ni à celles de l’Union africaine.
Son incapacité à rallier des alliés solides renforce ainsi la position du M23 et de l’Alliance des Forces pour le Changement (AFC), qui exigent désormais sa démission comme condition préalable à toute négociation. L’avancée du M23 et la menace d’un embrasement national Sur le terrain, la situation se détériore rapidement.
Contrairement à 2012, le M23, renforcé par l’AFC, contrôle désormais de vastes territoires et menace directement la stabilité de la RDC. Des provinces stratégiques comme le Katanga et le Maniema, fiefs de figures politiques influentes comme Moïse Katumbi, Joseph Kabila ou Matata Ponyo, pourraient basculer en cas d’effondrement du pouvoir central.
Ces tensions internes, combinées à la percée des rebelles, font craindre un basculement du pays dans une crise politique et militaire encore plus profonde. Un régime en perte de contrôle En parallèle, la gouvernance de Tshisekedi est de plus en plus décriée, minée par des dérives politiques et institutionnelles : 1. Répression politique et atteintes aux libertés Maintien en détention de Jacky Ndala, militant de l’opposition. Convocation par la justice militaire d’Aubin Minaku et Emmanuel Shadary après leur rencontre avec Joseph Kabila à Nairobi, avec interdiction de quitter le territoire. 2. Lutte de pouvoir et désorganisation interne Le ministre de la Défense, Jean-Pierre Bemba, accuse Joseph Kabila d’être derrière les milices Mobondo, tout en étant lui-même critiqué pour son incapacité à sécuriser l’Est du pays. Le ministre de la Justice s’oppose frontalement à la Première ministre, l’accusant de détournement de fonds, sans qu’aucune mesure ne soit prise. 3. Népotisme et favoritisme à leur paroxysme Nomination de sa fille, âgée de 19 ans, comme secrétaire particulière.
Son frère Jacques Tshisekedi placé à la tête de la sécurité interne. Son fils Anthony Tshisekedi soupçonné de liens avec le conseil d’administration de Sicomines.
Malgré ces dérives, le gouvernement continue d’appeler les jeunes Congolais à rejoindre l’armée pour faire face aux rebelles, alors que l’incapacité de l’exécutif à gérer la crise devient de plus en plus manifeste.
Vers un changement de cap forcé ?
Face à cette impasse, le Front Démocratique Africain (FDA) exige : Le retrait immédiat de toutes les forces étrangères du territoire congolais. L’ouverture de négociations sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), avec l’appui de la communauté internationale.
La fin du régime Tshisekedi, accusé de nuire à la paix et à la souveraineté nationale. À mesure que le pouvoir s’effrite, la RDC semble glisser vers une reconfiguration politique inévitable. Reste à savoir si cette transition se fera dans l’ordre ou sous la pression d’un effondrement généralisé.